Americanah : une histoire d’amour, un roman de vie5 min read

Americanah : une histoire d’amour, un roman de vie5 min read

Désormais œuvre incontournable de la littérature, Americanah nous conte une magnifique histoire d’amour et s’empare de la question du féminisme et du racisme.

Chimamanda Ngozi Adichie, l’autrice de ce roman, nous offre un voyage littéraire hors-pair. A travers sa plume drôle et engagée, on se plonge avec bonheur dans la vie d’Ifemelu dont on suit avec passion l’évolution, entre les Etats-Unis et le Nigéria. 

Chimamanda Ngozi Adichie scelle avec Americanah son roman le plus abouti, d’une justesse et d’un réalisme poignants.

Americanah, une merveilleuse histoire d’amour

Le roman est construit sur une opposition en ce que l’on suit à la fois Ifemelu, personnage principal et Obinze. Entre eux, une grande histoire d’amour est née lors de leurs années lycée au Nigéria et rien ne laissait présager une séparation.

Pourtant, Ifemelu part aux Etats-Unis pour ses études et Obinze est censé la rejoindre. Rien ne se déroule comme prévu et Ifemelu va passer près de quinze ans aux Etats-Unis, en perdant de vue son grand amour.

Ce n’est qu’à son retour au Nigéria qu’ils reprennent contact et que le passé ressurgit brutalement pour ces personnes qui ont grandi et muri, qui ont désormais construit leur vie.

Americanah nous raconte à la perfection leur relation, leur histoire et leurs émois, sans jamais tomber dans le cliché. Leur histoire est réaliste et démontre avec brio la difficulté de se construire à deux lorsque les destins se séparent, lorsqu’il faut partir à l’autre bout du monde pour étudier.

Après quinze années séparés, et des vies totalement différentes, Ifemelu et Obinze peuvent-ils se retrouver ?

La question prégnante de la race

Sous ces airs de romance, Americanah s’empare de la question de la race. Ifemelu quitte son pays natal et se retrouve confrontée aux Etats-Unis à des problématiques qu’elle n’avait pas soupçonnées auparavant, comme le simple fait d’être noire et d’être discriminée pour cette unique raison. 

Dans ce pays profondément marqué par le racisme, Ifemelu découvre jour après jour l’importance de la race et les conséquences qui en découlent pour les minorités, tant politiques que sociales et idéologiques. Elle décide donc d’observer et de décrypter tous ces enjeux dans son blog Raceteenth ou observations diverses sur les noirs américains par une noire non-américaine. Ce blog est anonyme mais marque un tournant dans sa vie: elle refuse de rester passive et aborde frontalement les questions de race.

Ses billets sont percutants, parfois incisifs mais criants de vérité. La race n’est pas un non-sujet même si elle le devrait.

Americanah, c’est la prise de conscience brutale d’une héroïne des fléaux d’une société ancrée politiquement dans une hiérarchie entre les personnes. C’est aussi l’engagement d’Ifemelu et en filigrane de l’autrice, d’essayer d’éveiller les mentalités à ces problématiques en dénonçant et condamnant de tels idéaux et agissements.

Une héroïne qui milite pour la réappropriation de son corps

Surtout, Ifemelu milite pour l’acceptation de soi, de son corps et notamment de ses cheveux. Elle refuse de se conformer aux codes de beauté et arbore ses cheveux naturels avec fierté, message fort de sens dans la société actuelle.

Une œuvre féministe

Chimamanda Ngozi Adichie est féministe et ne s’en cache pas, Americanah, tout comme le reste de ses romans, en est la preuve tangible.

Ifemelu prend sa vie en main, elle est maîtresse de son destin. Ses histoires d’amour le démontrent parfaitement en ce qu’elle choisit de ne pas être comme toutes ses amies ni comme sa tante Uju. En ce sens, elle refuse de dépendre financièrement d’un homme pour vivre. Le mariage n’est absolument pas une fin en soi pour elle, malgré les coutumes et les traditions.

Elle est une femme libre et indépendante, qui agit en accord avec elle-même. Ifemelu n’est l’ombre d’aucun homme et suit ses désirs et intuitions pour se réaliser en tant que femme, et non en tant “qu’épouse de”.

Quand l’immigration ne rime pas toujours avec pauvreté

Chimamanda Ngozi Adichie balaie le politiquement correct et explore le rêve américain par le biais de l’immigration nigériane.

Elle a su pointer les failles de cet Etat dont tout le monde rêve, ainsi que celle de son propre pays. Surtout, l’héroïne a su démontrer que l’immigration peut évidemment être forcée, notamment en raison de guerre ou de l’extrême pauvreté, mais également voulue. Que certaines personnes ont le droit de ne pas se satisfaire de l’avenir que leur propose leur propre pays et souhaitent se réaliser ailleurs, là où le champ des possibles s’élargit.

Pour cela, l’autrice nous rappelle qu’il faut l’accepter et aller au-delà du jugement bien trop courant selon lequel des personnes partent dans des pays riches car ils fuient la misère qu’ils vivent au quotidien. L’immigration peut aussi être la recherche d’une autre vie, d’une “quête de mieux”.

Une œuvre engagée à (re)découvrir de toute urgence

Americanah est une oeuvre indubitablement engagée que la plume de l’autrice rend délicieuse, drôle, percutante. Son style est direct sans être tranchant, juste sans être virulent. 

Les mots de l’autrice sont extrêmement importants, tout comme la réflexion qu’elle nous apporte à travers l’histoire d’Ifemelu, qui est en partie le reflet son histoire personnelle.

On est triste de refermer ce roman, qui nous transporte dès la première page et au fil duquel on suit avec passion les aventures des personnages. La lecture de la dernière page ne peut que nous arracher un sourire mélancolique.

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