Aux origines du terme … machiavélique6 min read

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Il y a de ces mots que l’on emploie sans vraiment en connaître l’origine, parfois même sans vraiment en comprendre la signification.

A défaut d’être employé quotidiennement, l’adjectif “machiavélique” n’en reste pas moins un symbole de l’évolution du sens de nombreux termes, dont la signification d’antan a été quelque peu bouleversée.

Alors si votre neveu vient vous demander pour quelle raison dit-on de Bowser qu’il est un personnage machiavélique, et que vous tenez à lui fournir une réponse précise (au risque que celle-ci soit ennuyante), vous êtes au bon endroit.

Machiavel : ce visionnaire de la politique

Nicolas Machiavel, penseur italien né au XVème siècle, peut se targuer d’avoir laissé son empreinte dans notre langage, et ce plus de 500 ans après son existence.

Portrait Machiavel
Crédits photo : Santi Di Toto

A vrai dire, cela n’a rien de très étonnant lorsqu’on observe de plus près le personnage. Véritable visionnaire, il est l’un des premiers à avoir cassé les codes politiques de son époque.

Pour lui, une seule interrogation devrait animer celui qui convoite le pouvoir : comment y accéder et le conserver ?

Cette pensée, développée dans son célèbre ouvrage Le Prince, est particulièrement proche du déroulement de la compétition politique de nos jours. Chaque candidat met tout en oeuvre pour remporter les élections, avec des pratiques plus ou moins loyales.

Macron Le Pen compétition
AFP

Car c’est justement sur ce point que Machiavel se distingue de nombreux philosophes, au point de donner naissance à ce fameux adjectif dérivé de son nom : la morale n’a pas sa place en politique. Du moins, pas en premier ressort.

Ainsi, l’objectif central de celui qui gouverne ne doit point être d’obéir à un quelconque code moral, mais bien de tout mettre en oeuvre pour conserver le pouvoir.

Pour traduire, le gouvernant doit donc être prêt à faire le mal pour maintenir le pouvoir et ainsi conserver une forme de stabilité, nécessaire à la survie de tous.

Cette conception de la politique, en rupture avec l’omniprésence religieuse dans les décisions de l’époque, a été critiquée par la suite : on reprochait alors à Machiavel d’avoir établi les fondements d’un souverainisme indiscutable.

L’immoralité à tout va ?

On ne peut cependant pas affirmer que Machiavel était immoral, ni que sa conception du pouvoir politique ne laisse aucune place à la morale.

Ce que dit Machiavel, c’est que le Prince ne peut se conformer à une sorte de ligne de pensée immuable, car il doit pouvoir s’adapter aux circonstances. Ainsi, il doit être capable d’agir en contradiction avec cette supposée ligne de pensée si cela lui permet de garantir la stabilité face à ces circonstances – que Machiavel qualifie de “fortune” – et donc de maintenir le pouvoir établi.

La fortune ne change que pour ceux qui ne savent pas se conformer au temps.

En revanche, si ces actes immoraux ne sont pas nécessaires, alors le gouvernant doit s’employer à faire le bien.

Autrement dit, ce qui doit faire la force du gouvernant, c’est sa faculté à adapter ses décisions aux circonstances.

Machiavel avait donc une vision assez pessimiste de la morale comme guide immuable des décisions politiques. Si l’on transpose ce pessimisme à nos réalités contemporaines, on serait alors tenté de considérer qu’il serait inefficace et mal-venu pour un représentant politique élu de suivre à la lettre, au cours de son mandat, le programme sur la base duquel il a été désigné.

programme Sarkozy

Cette vision, bien évidemment discutable, vient ainsi questionner un peu plus la légitimité de ces représentants qui, choisis en raison de leur programme, seraient finalement prêts à aller à l’encontre de ce dernier dans le souci de s’adapter à la “fortune” évoquée par Machiavel.

La fin justifie les moyens

Un individu machiavélique se caractériserait donc par une faculté à mettre de côté des principes moraux plus ou moins universels, dans l’optique de parvenir à ses fins. Il serait prêt à faire la mal pour aboutir au bien.

Evidemment, tout dépend de nos conceptions respectives du bien et du mal, mais on comprend sans trop de problèmes qu’il s’agit là d’une certaine forme de pragmatisme : seul le résultat final compte.

ange et démon
Crédits photo : 123RF

On préfère donc quitter un instant la voie que notre raison nous dicterait de suivre dans le but d’atteindre un objectif, quel qu’il soit. Ce choix est alors décrit comme obligatoire dans la perspective où il serait impossible d’atteindre cet objectif en respectant le code moral établi.

C’est plus ou moins ce qui est mis en oeuvre par tous les États du globe à l’heure actuelle, dans des proportions différentes.

Positionnons-nous un instant dans le camp des acteurs internationaux qui souhaitent la chute de Nicolas Maduro, l’actuel président controversé du Vénézuela. Leur objectif est clair : Maduro doit perdre son pouvoir de président, au profit d’un autre. La juste décision morale serait alors vraisemblablement de laisser le peuple vénézuélien se prononcer démocratiquement sur la question.

Maduro
Crédits photo : Manaure Quintero

Problème : la démocratie est loin d’être parfaite en Amérique du Sud, et Maduro dispose de soutiens militaires solides qui le maintiennent au pouvoir.

Ses opposants, pour parvenir à leurs fins, sont donc convaincus qu’ils vont devoir prendre un autre chemin, plus immoral. En réduisant les aides financières fournies au pays, quitte à accroître encore un peu plus les inégalités sociales et la famine de ses habitants, par exemple. Ou en tentant une opération éclair pour l’éliminer.

Ces différents moyens, dont on peut aisément discuter la moralité, ne seront alors légitimés que si l’objectif initial est atteint. Pour atteindre la fin, les moyens doivent donc être particulièrement solides et garants d’y parvenir.

Mais comme pour tout, le risque zéro n’existe pas, et l’approche machiavélique, en plus d’avoir mis de côté la morale, n’aura finalement servi à rien.

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