Comment le Bayern a triomphé sur l’Europe en 2012/2013 ?13 min read

Comment le Bayern a triomphé sur l’Europe en 2012/2013 ?13 min read

1er juin 2013, le Bayern remporte la Pokal, 3-2 aux dépens du VfB Stuttgart mais le Bayern vient de réaliser quelque chose de grand. Remporter un triplé historique. Une première en Allemagne. Avant le Bayern, seuls le Celtic Glasgow (1967), l’Ajax Amsterdam (1972), le PSV Eindhoven (1988), Manchester United (1999), le FC Barcelone (2009) et l’Inter Milan (2010) avaient réalisé un tel triplé, puis deux ans plus tard le FC Barcelone encore une fois (2015).

Qui dit Bayern, dit Allemagne, dit donc Bundesliga.

En championnat, le Bayern compte 25 points d’avance sur le double-tenant du titre, le Borussia Dortmund de Klopp. Cette saison-là, le géant bavarois a donc survolé le championnat allemand en marquant 98 buts pour seulement 18 buts concédés avec un bilan presque parfait, 29 victoires, 4 nuls et une défaite 2-1 contre le Bayer Leverkusen à domicile.

En Ligue des Champions, le Bayern a bénéficié d’un tirage plutôt clément en tombant dans la poule du LOSC, Valence et du BATE Borissov. Cependant, le Bayern termine la phase de poules avec le même nombre de points que Valence (13 points), mais avec une différence de buts favorable (+8 pour le Bayern, +7 pour Valence), permettant aux bavarois de figurer dans le chapeau 1 pour le tirage des 1/8 de finale.

En 1/8 de finale, le Bayern tombe contre Arsenal. Les joueurs de Jupp Heynckes sont donnés favoris dans cette double confrontation. Au match aller, en terres londoniennes, les joueurs bavarois remportent la rencontre 3-1 au terme d’un match animé mais dominé par le Rekordmeister grâce à des buts de Toni Kroos (7e), Thomas Müller (21e) et Mario Mandzukic (77e). Lukas Podolski marque pour les Gunners à la 55e contre son ancien club.
Au match retour, en Bavière, les hommes de Wenger s’imposent 2-0 contre un Bayern fébrile défensivement sur les deux buts encaissés, mais sans conséquences car le Bayern est tout de même qualifié grâce à la règle des buts à l’extérieur au terme de cette double confrontation contre Arsenal.

Le Bayern tire la Juventus d’Antonio Conte en 1/4 de finale. C’est le Bayern qui reçoit la Juventus au match aller. Emmené par un quatuor offensif infatigable, le Bayern a complètement asphyxié une Juve qui n’a jamais pu contrôler le rythme de la rencontre. Le Bayern ouvre très rapidement le score dès la première minute par l’intermédiaire de David Alaba. Thomas Müller double la marque à la 63e. Au match retour, en terres turinoises, le Bayern fait le boulot en s’imposant 2-0 face à des turinois ayant de meilleures intentions qu’au match aller. Les italiens ont tenté mais sans succès face à une forte maîtrise collective du Bayern.

Après avoir battu les champions d’Italie, le Bayern accède au dernier carré de Champions League. Et il fait face à un adversaire de taille, le FC Barcelone de Messi, Xavi et Iniesta.
Le Rekordmeister ne se laisse pourtant pas impressionner en livrant une démonstration de force contre des catalans fébriles et un Messi fantomatique, réduit physiquement lors du match aller. Score final 4-0, la qualification est d’ores et déjà assurée.

Revenons-en à ce Bayern-Barça en analysant le jeu du Bayern.

Question systèmes de jeu, le 4-2-3-1 du Bayern fait face au 4-3-3 du Barça.
Mandzukic suspendu, Kroos blessé, Jupp Heynckes dut faire avec une ligne d’attaque à recomposer pour ce match. Remplaçant de Kroos contre la Juventus, Müller se retrouva dans l’axe, en soutien de Gomez avec le duo Robbery sur les ailes. Derrière, du grand classique, Javi Martinez et Schweinsteiger en doubles pivots et Neuer, Lahm, Boateng, Dante ainsi qu’Alaba derrière.

Le Bayern a fait face avec quatre joueurs en première ligne, dans l’axe : Gomez, Müller, Schweinsteiger et Javi Martinez. Une fois le Barça en possession du ballon, ce quatuor avait pour objectif d’empêcher la transition des catalans, celle qui lui permettait de passer de la paire Busquets-Xavi à Messi ou Iniesta.

Gomez restait en pointe du bloc du Bayern aux alentours du rond central, la plupart du temps pour faire face à Busquets. Juste derrière, Schweinsteiger, Javi Martinez et Müller se déplaçaient en fonction des mouvements des milieux du Barça. La présence de Müller en tant que troisième homme offrait un surnombre pour le Bayern, cela permettait à la fois de gérer les changements de zone d’Iniesta / Xavi, la couverture en cas d’élimination d’un joueur sur un dribble et, surtout, les décrochages de Messi depuis sa position d’avant-centre.

Crédits : UEFA, itvsport / via footballia

Cette phase illustre bien le travail du Bayern face à la transition du Barça : le Bayern défendait assez haut. Les attaquants et les milieux de terrain faisaient face à Busquets, Xavi, Iniesta et Messi, décroché de sa position d’attaquant. Robben et Ribéry étaient eux amenés à jouer plus bas de manière à couper les possibilités de passe dans les deux couloirs.

Crédits : UEFA, itvsport / via footballia

Grâce au positionnement de son fameux quatuor, le Bayern coupait toutes les possibilités de passes entre les joueurs du Barca. Schweinsteiger entre Xavi et Messi, Javi Martinez entre Messi et Iniesta, Müller entre Iniesta et Busquets, Gomez entre Busquets et Xavi.

Crédits : UEFA, itvsport / via footballia

Ici, une remise en jeu du Barça, qui permet de voir le pressing des attaquants du Bayern dans les couloirs. Müller et Gomez empêchent la passe en retrait, Robben, Schweinsteiger et Lahm bloquent la profondeur. Javi Martinez est lui prêt à jaillir en cas de passe latérale.

Les couloirs étaient eux aussi bloqués grâce au bon repli défensif de Robben et Ribéry, qui se retrouvaient parfois à défendre beaucoup plus bas que leurs axiaux. Cela permettait donc de couper les transmissions entre Jordi Alba, Daniel Alves ainsi que leurs ailiers.

Derrière eux, Alaba et Lahm devaient suivre les déplacements des deux ailiers du Barça, Pedro et Sanchez, lorsque ces derniers décrochaient au milieu pour aider à la création. Robben et Ribéry devaient donc surveiller Daniel Alves et Jordi Alba de manière à les empêcher de prendre l’espace laissé libre sur l’aile. Ce fut le cas plusieurs fois, Ribéry dut couvrir le couloir gauche pour compenser les sorties d’Alaba au marquage d’un Pedro redescendu au milieu de terrain.

Le Barça, parfois sans solutions, était obligé de reculer pour tenter de faire sortir le bloc bavarois en espérant avoir des espaces. Mais dès que la bande à Vilanova jouait en retrait, le Bayern suivait et sortait de sa moitié de terrain. Schweinsteiger restait au marquage de Xavi lorsque celui-ci décrochait. Derrière lui, Ribéry et Robben laissaient les couloirs de manière à compenser les sorties au pressing de Müller, Schweinsteiger ou Javi Martinez. Plus le Bayern pressait haut dans le camp adverse, plus l’écart entre Ribéry et Robben se réduisait. Et plus la densité autour du porteur de balle côté Barca – excepté les défenseurs – était grande.

Crédits : UEFA, itvsport / via footballia

Ici, le Barça est contraint de jouer en retrait sur Piqué étant donné le manque de solutions. Schweinsteiger reste au contact de Xavi. Ses trois partenaires de l’axe restent en position. Ribéry et Robben quittent les couloirs pour venir les encadrer dans l’axe et surveiller les zones occupées par Iniesta et Messi.

Les joueurs de Heynckes n’ont pas hésité à jouer très haut sur les remises de Valdès afin de casser les circuits courts habituels et forcer les Catalans à allonger en comptant sur la supériorité de leurs défenseurs dans le jeu aérien. Le Barça n’avait qu’un seul choix, jouer sur les côtés, mais les hommes de Jupp Heynckes ont parfaitement su contenir les approches catalanes dans les couloirs. Dès que le Barça choisissait un côté, c’est l’ensemble des milieux et attaquants du Bayern qui se déplaçait vers celui-ci de manière à fermer le couloir tout en mettant la pression sur le porteur du ballon.

Sur le flanc gauche, Javi Martinez a réussi à contenir Iniesta, capable normalement de déséquilibrer une défense par ses dribbles du côté gauche vers l’axe. Robben et Lahm ont eux su limiter les espaces à Jordi Alba et Sanchez. Alaba s’est chargé de serrer Pedro de très près, Ribéry a apporté sa puissance physique pour résister aux nombreuses montées de Daniel Alves ; le Français a aussi aidé en deuxième mi-temps lorsque Messi, sevré de ballons dans l’axe, s’est excentré sur cette aile pour trouver des espaces afin de tenter de dribbler. Ce travail sur les côtés était évidemment complété par les joueurs restés dans l’axe. Au niveau de la ligne médiane, les attaquants refermaient l’étau autour du porteur de balle, le privant de solutions en retrait.

Comment le Bayern a déjoué le pressing du Barça ?

En plus d’une prestation défensive très propre, le Bayern a aussi parfaitement su déjouer le pressing du Barça.

Les joueurs d’Heynckes couvraient toute la largeur du terrain et s’assuraient ainsi plusieurs solutions pour ressortir les ballons proprement. Le Bayern jouait surtout en jeu long en grande partie dans le rond central afin d’utiliser le jeu aérien de Gomez ou Müller. Robben et Ribéry tournaient autour de ces points de fixation et offraient des solutions, tandis que Javi Martinez devait lui être sur les seconds ballons, soit pour s’imposer, soit pour ralentir ou arrêter les contre-attaques du Barça.
Deuxième solution pour la relance du Bayern, jouer court sur les côtés. A gauche notamment, Ribéry offrait des solutions dos au but en profitant de l’espace entre Xavi (sorti au pressing) et Busquets (obligé de surveiller Müller ou Gomez en cas de jeu long) pour permettre à Schweinsteiger d’effacer le premier rideau (Xavi-Messi, rejoints par Iniesta ensuite). Müller en faisait de même côté droit.

Crédits : UEFA, itvsport / via footballia

La relance bavaroise : Schweinsteiger, Dante, Boateng et Neuer à l’origine au départ, Ribéry décroche de sa position sur l’aile gauche pour offrir une solution courte. Alves et Busquets restant sur leurs zones, Pedro récupère le marquage. Alaba est libre de recevoir le ballon, il peut ensuite progresser ou chercher Müller devant lui.

Crédits : UEFA, itvsport / via footballia

Même chose de l’autre côté, Boateng est en possession du ballon, Iniesta est au contact. Javi Martinez et Müller sont pris par Xavi et Busquets. Dans le couloir, Lahm est pris par Sanchez. Il y a donc besoin nécessaire d’allonger le jeu pour rechercher la tête de Gomez autour duquel Robben et Ribéry offrent des solutions.

Le Bayern développait ensuite ses attaques sur les ailes grâce à ses paires Robben-Lahm et Ribéry-Alaba et aux déplacements de Müller sur toute la largeur. En sortant efficacement les ballons de leur moitié de terrain, les bavarois arrivaient dans ces zones avec assez de vitesse pour mettre à mal le Barça en train de compenser l’absence des joueurs hors position au départ de l’action. Pris entre le danger Gomez sur les longs ballons et l’aide aux joueurs de couloir, Busquets a passé la majeure partie du match à courir après le ballon sans pouvoir stopper la circulation de balle. La supériorité athlétique du Bayern a ensuite fait la différence dans les 30 derniers mètres. Au retour, Tito Vilanova a fait tourner, Messi absent, les catalans n’ont pas su renverser la vapeur face à la machine bavaroise. Score final, 3-0, le Bayern se hisse en finale de Champions League.

La finale 100% allemande

En finale, le Bayern tombe nez à nez avec le Borussia Dortmund de Klopp pour une finale 100% allemande. La première dans l’histoire de la Ligue des Champions. Le Bayern est dominé par les joueurs de Klopp au cours de la première demi-heure, les bavarois se reposant sur leur défense et Manuel Neuer. Dortmund part fort, mais n’a pas su concrétiser. Profitant de la première baisse de régime du BVB, le Bayern monte ensuite en puissance pour finir sur un dernier quart d’heure parfaitement maîtrisé ponctué par le but vainqueur d’Arjen Robben à la 89e minute. Le Bayern a donc pris son temps et terminé très fort pour l’emporter.

Cette campagne légendaire du Bayern restera dans l’histoire et se résume à la réussite d’une équipe, une très belle équipe composée de Lahm, Neuer, Schweinsteiger, Javi Martinez, le duo Robbery et d’un coach, Jupp Heynckes, ayant su imprégner une identité de jeu forte et relever le moral ainsi que le mental après la terrible défaite en finale de Ligue des Champions 2012 à l’Allianz Arena face à Chelsea, vécue comme un traumatisme avant cette campagne légendaire de la saison 2012/2013. Ce Bayern-là, version 2012/2013, a sa place parmi le grand Barcelone de Guardiola, le grand Milan d’Ancelotti ou bien le Real Madrid de Zinédine Zidane.


Crédits photo : paimei01 – FlickrAttribution-ShareAlike 2.0 Generic (CC BY-SA 2.0)

Laisser un commentaire

Tweetez
Partagez
Enregistrer
Partagez
Read previous post:
Quand la jalousie devient maladive : “La chatte” de Colette

La chatte est un roman de Colette qui met en scène un drame amoureux, où la jalousie règne en maître.

Close