Entre “retour à la terre” et antagonismes : le confinement comme révélateur des divisions sociales5 min read

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Crédits photo : Hugo Veuillet (Neurchibald de Tintin) & Monet (Chemin dans les blés à Pourville).


Comment qualifier les attitudes éhontées auxquelles nous avons assisté ? Les mots peuvent manquer en cette période où les appels à la solidarité se multiplient mais les actes égoïstes également. Vivre une telle crise à l’heure où l’opinion publique est reine grâce aux médias et aux réseaux sociaux, c’est voir s’exposer des milliers de comportements en tout genre.

Et l’opinion publique ne manque pas d’approuver les comportements positifs ou de désavouer les agissements odieux. Nous sommes nombreux à avoir blâmé les comportements de ceux qu’Éric Fottorino nomme les parigots têtes de veau qui ont eu l’impudence de venir semer leurs virus à la campagne comme des chiens secouent leurs puces.

Mais ces citadins voulant « retourner à la terre » sont-ils les seuls responsables lorsque le gouvernement ne prend aucune mesure pour endiguer ces départs, responsables de nombreux décès en Italie ? Tout cela sans même évoquer les soucis de rupture de stock dans les magasins, de surcharge des appareils publics (comme l’hôpital)…

Comment demander à la nation de faire corps quand les différences éclatent au grand jour ? Comment résister à la tentation de comportements égoïstes quand certains nantis méprisent les règles élémentaires de confinement face à une épidémie qui fait des centaines de morts et fait déborder les morgues et hôpitaux ?

Les fractures sociales ne font que de s’accentuer ! Nous sommes censés faire nation alors que notre égalité devant le confinement n’est qu’illusoire (cliquez sur les liens : le 18 mars dans le 15ème arrondissement et le 19 mars à Torcy). Alors que dans certaines régions et certaines banlieues le confinement est une épreuve (d’où certaines violations aux règles, réprimandables tout de même), d’autres nous envoient des images de quarantaine salutaire.


Petite différence de style entre des parisiens qui bravent le danger et des habitants de Seine-Saint-Denis indisciplinés !


En parlant d’images renvoyées, comment ne pas parler des journaux de quarantaine ? Quel toupet de voir Marie Darrieussecq « [planquer] au garage [sa] voiture immatriculée à Paris » et, dans le même article, lire « nous partons voir la mer. Elle bat, lourde, forte, indifférente. La plage est déserte. » Pour certains, le confinement se résume donc à des vacances à la plage sans aucun souci de responsabilité !

Incroyable de lire Darrieussecq dire que « les riches sont favorisés jusque dans le confinement » mais de lire aussi ses comportements prudhommesques qui amplifient ses privilèges (comme le dit Laélia Véron « ne prétendez pas que vos privilèges sont de l’art, de la poésie ou de la philosophie » ). Incroyable aussi d’écouter France Inter un samedi matin et entendre une famille grenobloise, initialement réfugiée au Cap Ferret, rentrer chez elle à Grenoble après la fermeture des plages.

Pour certains, la région est le lieu de l’enfermement social, une difficulté qui pèse au quotidien. Pour d’autres cela s’apparente presque à un jeu direction la Campagne (avec une majuscule car c’est de notoriété publique que la Campagne est un bloc uni en opposition à la ville).
Au final, la personne de l’image est retournée à Paris !

Les personnalités publiques, à la place bien seyante dans le battage médiatique, ne font que raconter une quarantaine romantique. Pendant ce temps, des milliers de personnes travaillent sans masque, sans précautions et sans considération. Que diraient les Gilets Jaunes, en congés forcés, de cet article du Monde qui traite des lieux où les ouvriers doivent encore travailler quand les cadres sont à la maison ? Bien heureusement, et il faut le souligner, de nombreuses usines ont fermé complètement pour protéger la santé de leurs employés.

Mais quand il sera le moment d’écrire l’histoire dans 100 ans, qui parlera des employés d’Amazon, des livreurs à vélo débordés parce que les gens ne savent pas faire des pâtes ? Qui parlera des médecins qui travaillent plusieurs jours sans s’arrêter, avec des repas misérables et probablement porteurs du virus ? Qui parlera des sans-abris (parfois abandonnés malgré un soutien globalement sérieux) ? Qui parlera des représentants de l’Education Nationale qui nagent dans le doute ? Qui parlera des forces de l’ordre et des pompiers sur le terrain chaque jour ? Qui parlera des femmes et des hommes maltraités par leur conjoint (récemment les images d’une femme battue à Genève ont affolé la Toile) ?

Une seule chose est sûre : on aura suffisamment de littérature de “privilégiés” pour se rendre compte de la fracture sociale ! Bien évidemment, rien de tout cela n’est nouveau, le virus ne fait que souligner les divisions déjà ancrées dans la société.

Celui qui est sourd aux conseils, la calamité l’éduquera.

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