Cinéma : déclaration d’amour à Queen & Slim et Jojo Rabbit10 min read

Cinéma : déclaration d’amour à Queen & Slim et Jojo Rabbit10 min read

Voilà le topo : je risque de manquer cruellement d’objectivité dans cet article, bien que je devrais normalement m’y efforcer. Et quitte à manquer d’objectivité, pourquoi ne pas le faire avec deux films en même temps ? Que voulez-vous, Queen & Slim m’a plu, m’a plus que plu même…. Et je pense que Jojo Rabbit est un chef d’oeuvre, bien qu’il puisse peiner à convaincre certains. Mon seul but ici sera de vendre les mérites de ces deux films, au combien importants et magnifiques.

Queen & Slim, un road movie haletant à travers les Etats-Unis

Cet article se divisera donc en deux parties qui pourront être lues séparément. Attaquons nous à notre premier film.

Queen & Slim, qu’est-ce-que c’est ?

Sorti en salle le 12 février 2020, le premier film de Melina Matsoukas nous raconte l’histoire de Queen (Jodie Turner-Smith) et Slim (Daniel Kaluuya), personnages éponymes. Ces deux jeunes afroaméricains se rencontrent pour la première fois lors d’un rendez-vous amoureux. Sur la route du retour, ils sont arrêtés pour une infraction mineure au Code de la route. La situation dégénère, et Slim abat en position de légitime défense le policier blanc. Dans leur cavale à la Thelma et Louise (Ridley Scott), les deux protagonistes vont apprendre à se connaître et une histoire d’amour intense va naître. Histoire qui changera leur vie…

Pourquoi est-ce si bien ?

Il y a plusieurs raisons à cela, que nous allons essayer d’évoquer le plus rapidement et le plus simplement possible.

Un casting implacable

Jodie Turner-Smith s’en sort très bien pour son premier rôle majeur au cinéma. Le personnage de Queen est un personnage complexe au passé trouble, cette dernière est brillante, difficile avec elle et avec les autres. Remarqué avec Get Out en 2017, premier film de Jordan Peele, Daniel Kaluuya est encore une fois excellent. Il interprète parfaitement son personnage, de nature apaisé, timide et lent, et qui se retrouve dans une situation inhabituelle pour lui.

Jodie Turner-Smith et Daniel Kaluuya
Crédits photo : Frazer Harrison/Getty Images

Un film engagé

Scénarisé par Lena Waithe, le film traite donc du racisme systémique aux États-Unis ainsi que des bavures policières qui viennent avec. Sujet au combien important et dans l’air du temps… En 2019, une étude de l’Académie nationale des sciences des Etats-Unis démontrait qu’environ un noir sur mille pouvait s’attendre à mourir aux mains de la police aux Etats-Unis. Toute l’introduction au film et la scène de l’arrestation témoignent parfaitement de la peur et de la pression que ressentent les afro-américains, qui ont conscience qu’un simple contrôle de police peut signer leur arrêt de mort.

Extrait du film

Une histoire sublimée par la réalisation

Certains pourront reprocher à Melina Matsoukas de ne pas avoir été assez radicale pour traiter un tel sujet… Pourtant, je trouve au contraire la réalisation efficace. Celle-ci embellit cette histoire, qui est aussi une histoire d’amour, tout en montrant bien la gravité des choses. Des scènes sous haute tension, où le spectateur est agrippé à son siège tant il est stressé avec les personnages; et d’autres, au contraire, où l’on prend notre temps, où l’on apprécie les belles choses, la solidarité, etc. La photographie est belle, et est suppléée par une bande son magnifique. Je retiendrai par ailleurs une scène, mettant en parallèle une manifestation d’afro-américains en soutien aux deux protagonistes et une officialisation de la relation de ces deux derniers. Je ne voudrais pas vous spoiler, allez voir le film et appréciez sa beauté !

De la même manière que BlacKkKlansman en 2018, ou Green Book en 2019, Queen & Slim fera assurément partie des films les plus marquants de 2020, tout du moins pour ceux qui auront décidé de le voir…

Jojo Rabbit, une belle poésie, drôle, dure et fédératrice

Let everything happen to you : beauty and terror.

Just keep going. No feeling is final.

Rainer Maria Rilke, Go to the Limits of Your Longing

Jojo Rabbit, qu’est-ce-que c’est ?

Johannes Betzler (Roman Griffin Davis) est un jeune allemand solitaire, ayant pour seuls amis Yorki, autre petit garçon de 10 ans, et son ami imaginaire, qui n’est nul autre qu’Hitler. Amoureux de son pays, grand patriote qui voue son âme au Reich et à son Führer, Jojo voit sa vie remise en cause lorsqu’il découvre que sa mère, Rosie (Scarlett Johansson), cache dans le grenier de leur maison une jeune fille juive nommée Elsa (Thomasin McKenzie).

En pointant du doigt les dangers du patriotisme aveugle, le film de Taika Waititi nous pousse aussi à nous questionner sur la place de l’enfant dans la guerre, autre façon de se souvenir.

Le film parfait ?

Surement pas, non. Tout d’abord le film parfait n’existe pas. Mais, en plus de ça, Jojo Rabbit divise fortement. Je n’ai pas vu d’avis partagés sur ce film, soit les gens détestent, soit ils adorent… Mais c’est aussi ça le cinéma, ne pas être d’accord, le partage, les émotions.

Alors pourquoi ai-je autant aimé ce film ?

Un sujet fort

Pour son message tout d’abord. Jojo Rabbit est un film humain, universel, qui nous rappelle que, même dans nos différences, nous pouvons et nous devons nous unir (“In varietate concordia“). Jojo Rabbit est un film historique, qui nous aide à nous souvenir d’une manière différente des ravages de la Seconde Guerre mondiale. Qui nous avertit quant aux impacts que peuvent avoir la propagande massive ou le culte du chef. Jojo Rabbit est aussi un film actuel, et le restera tant que les hommes feront la guerre, et que notre inhumanité continuera à nous pousser à faire tenir des armes à des enfants.

Le scénario est par ailleurs magnifié par la réalisation. Les plans sont variés, avec de superbes ralentis, et tout est si dynamique que le spectateur ne peut s’ennuyer. On soulignera le clin d’œil au cinéma d’horreur dans certains instants, qui ne fait que mettre en avant notre prochaine partie…

Un humour et un casting efficaces

Autre force de ce film : son humour. Faire rire avec Hitler et des nazis, pari compliqué que s’était donné Taika Waititi. Et c’est d’ailleurs le reproche que beaucoup font à ce film. Trop de légèreté avec un tel sujet… Au contraire, je trouve cette légèreté importante, étant donné que c’est avec un enfant que nous suivons cette histoire. Un enfant nazi, qui n’a pas grandi comme les autres, mais un enfant tout de même, avec sa sensibilité. De plus, cette douceur ne fait qu’accentuer les claques que se prend le spectateur lors des scènes plus dures. Par ailleurs, en plus d’avoir scénarisé et réalisé le film, Taika Waititi joue le rôle d’Hitler. Une satire magistralement bien menée, dont l’efficacité est expliquée ci-dessous par le réalisateur lui même (timecode placé au moment où Taika Waititi explique pourquoi il a tenu ce rôle et ce que cela a pu apporter au film).

TAIKA WAITITI parle de JOJO RABBIT, par INTHEPANDA

Le personnage d’Hitler est la représentation même de l’humour porté par le film, un humour grotesque, frappant, qui se sert de l’horreur pour faire rire.

Comment parler de Taika Waititi sans parler du reste du casting ? Tout d’abord, que c’est bon de revoir Scarlett Johansson dans d’autres rôles que celui de Black Widow. Après Marriage Story en 2019, l’actrice nous démontre une nouvelle fois ses talents. Roman Griffin Davis, qui signe ici son premier rôle (du haut de ses 12 ans), nous offre une prestation qui lui aura valu d’être nominé dans la catégorie “meilleur acteur dans une comédie ou un film musical” lors des Golden Globes 2020. Il est magnifiquement suppléé par le reste de l’équipe, avec une Thomasin McKenzie touchante (son premier rôle majeur également, du haut de ses 19 ans), ou encore un Sam Rockwell particulièrement drôle dans le rôle du capitaine K.

Jojo Rabbit, au même titre que Queen & Slim, fera sans nul doute partie des meilleurs films de l’année. En fait, comme 1917, ce sont des films qui divisent, mais dont les qualités scénaristiques ou de réalisation sont indéniables. Du grand cinéma, du beau cinéma.

Pour conclure, je ne mettrai pas de notes à ces films. Comme vous avez pu le constater, je n’ai parlé que de leurs qualités, et si cela ne tenait qu’à moi je leur mettrai sûrement des 20 à tous les deux. Cependant, cela n’aurait aucune pertinence étant donné le manque d’objectivité. Tout ce que je peux vous conseiller, c’est d’aller les voir, et de vous faire votre propre avis !

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