Degas à l’Opéra : entre fascination et aversion5 min read

Degas à l’Opéra : entre fascination et aversion5 min read

Installée au Musée d’Orsay du 24 janvier 2019 au 19 janvier 2020, l’exposition Degas à l’Opéra déploie les mille et une facettes de l’Opéra de Paris, berceau de la danse classique. Associée au 350e anniversaire de l’Opéra, établi par Louis XIV en créant en 1669 l’Académie royale de musique et de danse, cette exposition a pour visée de montrer que Degas n’est pas seulement le peintre des danseuses, mais aussi de l’Opéra dans son intégralité.  L’Opéra de Paris est aujourd’hui devenu une véritable institution de renom dans le milieu artistique et culturel mondial.

Cette exposition rend sans conteste un hommage considérable à Degas. Pas moins de 204 œuvres ont été rassemblées pour mettre en lumière le génie de l’artiste. Insistant sur tous les corps de métier de l’Opéra, cette exposition révèle aussi bien le spectacle présenté au public que les coulisses et l’ensemble du travail fourni pour organiser de tels ballets. Degas était bel et bien fasciné par le monde à la fois hypnotisant et mystérieux de l’Opéra.

L’Orchestre de l’Opéra, Degas (1869)

En 1865, son amitié avec le musicien Désiré Dihau lui permet de s’infiltrer dans l’Opéra Le Peletier, et ainsi de devenir un grand amateur de spectacles. Degas n’était pas seulement peintre et sculpteur, il était aussi un grand mélomane.

Alors que Degas pose ses premiers regards sur les ballets de l’Opéra de Paris, notamment sur le ballet intitulé La Source, qu’il peint pour la première fois en 1867, les ballerines en tutus et rubans ne sont pas encore présentes dans ses œuvres. Le peintre se prend de fascination pour la première danseuse de l’Opéra de Paris, Eugénie Fiocre, qu’il croque à la dérobée dans une superbe mise en scène de décors végétaux orientaux (voir : Portrait de Mlle Fiocre dans le ballet La Source, 1867).

A la fin des années 1860, apparaissent les premiers tutus. Les ballerines deviennent par la suite son sujet de prédilection. A partir de 1872, Degas commence une longue série de tableaux à l’effigie des danseuses, tantôt en entraînement, tantôt en répétition sur scène, tantôt au repos dans les coulisses. Degas se concentre en particulier sur les postures des danseuses, la grâce de leurs gestes, le mouvement des étoffes et la lumière s’infiltrant par rayons entre les plis des jupons.

Répétition d’un ballet sur la scène, Degas (1874)

En 1873, un incendie détruit complètement l’Opéra Le Peletier et est construit à sa place l’ambitieux joyau d’architecture qu’est l’Opéra Garnier, qui verra le jour après la guerre de 1870, et sera inauguré par le président Mac Mahon en 1874. Désormais, le Palais Garnier devient le nouveau cadre des œuvres de Degas.

Grand peintre, Degas accroît également ses spécialités vers la sculpture et la gravure. En 1881, sa sculpture de La Petite Danseuse, troublante de réalisme et dont la modèle, inconnue et de « basse condition », déclenche un véritable scandale. Obligée de se prostituer comme de nombreux autres petits rats de l’époque et de monter sur scène pour gagner la faveur d’hommes capables de l’entretenir, la jeune fille de quatorze ans sera renvoyée de l’Opéra deux ans plus tard.

Degas obtient par ailleurs un abonnement annuel qui lui permettra de se glisser à raison de trois fois par semaine dans le public et dans les coulisses accompagné de son carnet de croquis. Spectateur très assidu, il assistera entre autres à 37 représentations de l’opéra Sigurd du compositeur Ernest Reyer. Tout au long de sa vie, Degas fera de l’Opéra le cœur de ses œuvres.

Les célèbres danseuses de Degas, empreintes de grâce et de pureté, figurent comme la pièce maîtresse de son œuvre. Représentées tantôt s’exerçant à la barre, tantôt en coulisses dans l’attente de monter sur scène, ou bien en spectacle, celles-ci accaparent l’attention sur les tableaux de Degas.

La danseuse jaune, Degas

Mais loin d’éprouver une passion intangible pour l’Opéra, dont les innombrables croquis et esquisses en sont la preuve ; Degas ne se contient pas quand il s’agit de dénoncer avec dégoût l’attitude d’hommes venus acheter le corps des jeunes filles. Il dessine ainsi les dessous de l’Opéra. Les danseuses ne sont pas toujours glorifiées. La fatigue, la souffrance des entraînements, les douleurs physiques et la lassitude se lisent sur le visage des danseuses, qui va d’ailleurs peu à peu s’estomper à la fin de la vie de Degas, laissant place à une simple tache blafarde.

Degas dresse un portrait de l’Opéra déchiré entre la beauté et la grâce des jeunes filles qui se déploient sur scène, accompagnées des musiciens et des éclairages qui créent une atmosphère enchanteresse, et l’obscurité qui engloutit les principales protagonistes du ballet – les danseuses – soumises au bon vouloir de ceux qui tirent les ficelles de l’Opéra.

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