“Douleur” de Z. Shalev, où la complexité d’être femme, mère et épouse6 min read

“Douleur” de Z. Shalev, où la complexité d’être femme, mère et épouse6 min read

Zeruya Shalev est une autrice israëlienne qui connaît une grande notoriété depuis une vingtaine d’années.

Douleur est un roman publié en 2017, dans lequel Zeruya Shalev poursuit dans sa lignée de sonder l’intimité des êtres.

Il s’agit d’un roman complexe, difficile à résumer tant de nombreux sujets y sont abordés. Dès les premières pages on plonge dans l’univers de l’autrice, au style pur et poétique.

Iris, femme rescapée d’un attentat terroriste

Le roman débute avec le personnage principal, Iris, qui revient sur un épisode traumatisant de sa vie. Dix ans auparavant, elle a été victime d’un attentat terroriste. Grièvement blessée, s’en est suivie une longue période d’hospitalisation et de reconstruction, tant physique que morale.

Iris a survécu, est parvenue à retrouver un semblant de vie avec sa famille, devenir directrice d’école, maîtriser son quotidien.

Dix ans plus tard, la douleur se réveille et devient omniprésente.

L’autrice narre avec justesse et précision la douleur d’Iris, qui s’insinue dans chaque partie de son corps. Elle raconte la difficulté de se reconstruire après un tel drame, en tant que femme, en tant que mère.

Le titre du roman trouve tout son écho avec la douleur physique que ressent le personnage principal au moindre de ses gestes. 

Douleur comme surnom du premier amour

Iris est une femme mariée et la mère de deux enfants. 

Un jour où la douleur devient insupportable, elle se rend avec son époux à l’hôpital afin de trouver un quelconque remède pour l’apaiser.

Elle rencontre par hasard Ethan, son premier amour avec lequel elle a vécu une histoire incroyable, qui est devenu un grand médecin. Ensemble, ils ont vécu une histoire intense, durant laquelle Iris l’a soutenu à toutes épreuves.

Persuadée qu’il était l’homme de sa vie, Iris tombe dans une profonde dépression, qui durera suffisamment longtemps pour alerter son entourage.

Tant bien que mal, grâce à sa force, elle parvient à sortir de sa léthargie et construit sa vie professionnelle et familiale.

Cette rencontre vingt ans plus tard bouleverse le cours de cette vie qu’elle est finalement parvenue à construire. L’équilibre tant recherché est instantanément fragilisé.

Iris décide de rencontrer Ethan et immédiatement le feu de leur idylle passé se ravive. Envers et contre tout. Envers leur famille respective, envers les obligations professionnelles. Contre la morale et la paix des familles.

Elle décide de nommer Ethan “Douleur” dans son téléphone. Un tel surnom ne peut être anodin tant il est fort de sens. Revoir cet homme et revivre une histoire avec lui rappelle malgré tout la douleur que la rupture a causé. La douleur de l’abandon.

Les retrouvailles comme une évidence

Iris ne peut se résoudre à cesser cette histoire d’amour avec Ethan qui, selon elle, n’aurait jamais dû cesser.

Attachée à son époux, Iris réalise à quel point elle a construit sa vie sans connaitre la passion amoureuse. Elle ne s’épanouit plus avec ce dernier, toujours éprise d’Ethan.

Douleur est également le roman qui questionne l’amour marital, son évolution au gré des années, avec la naissance d’enfants et des nouvelles obligations.

Il met également en exergue la difficulté pour les femmes de choisir leur bonheur personnel à la stabilité familiale. Le dilemme est réel et la culpabilité constante.

L’autrice a su décrire les émotions qui traversent Iris à ce sujet-là : comment conjuguer sa vie personnelle et familiale à ses désirs profonds ? Doit-on choisir la raison au détriment de son propre épanouissement ? Peut-on vraiment anticiper la réaction de ses proches dans un tel cas de figure ?

Douleur ouvre une réelle réflexion et le style de l’actrice rend hommage à la complexité de l’introspection d’Iris.

La douleur d’une mère face à son impuissance

La douleur est triple puisqu’Iris et son époux font face à la détresse de leur fille, qui change radicalement après avoir quitté le cocon familial.

Iris s’inquiète depuis déjà quelques temps de la santé mentale de sa fille, mais elle faisait face au déni de son époux qui n’avait de cesse de minimiser la situation.

Lorsqu’elle décide de prendre les choses en main, ils réalisent qu’il s’agit d’une situation sérieuse et qu’il importe d’être présent pour leur fille.

Iris, qui n’a jamais été très proche de sa fille, qui n’a jamais réellement su comment se comporter avec elle, peine à trouver les bons mots et le comportement adéquat.

Douleur est aussi le roman qui met en lumière la difficulté d’être parent, d’être suffisamment présent et rassurant sans étouffer l’enfant, sans le braquer et risquer de le perdre.

Iris mène ce combat en parallèle de son idylle avec Ethan. Elle est une femme de quarante ans aux prises entre ses devoirs de mère et son envie de profiter de ses retrouvailles, de rattraper le temps perdu.

Le roman qui rappelle que la femme parfaite n’existe pas

Zeruya Shalev a surtout su s’emparer de la problématique rencontrée par beaucoup de femmes : être à la fois une femme, une épouse et une mère.

Tout au long du roman, elle a su nous plonger au coeur de l’intimité d’Iris. On suit ses tourments, la contradiction de ses sentiments.

Sur fond politique et au coeur d’un État en crise, les personnages mènent leur vie du mieux qu’ils le peuvent et rencontrent les mêmes problématiques que partout ailleurs.

Douleur donne une voix à la femme. Zeruya Shalev trouve les mots justes pour exprimer les choix qu’Iris doit opérer tout au long de sa vie pour rester sur tous les fronts, là où on l’attend. 

Ce roman est empreint d’un grand réalisme.

Un roman aux problématiques contemporaines

Douleur a le mérite de ne tomber ni dans le pathos ni dans le cliché. C’est ce qui en fait la beauté.

L’autrice a un talent incroyable : sa plume nous plonge avec subtilité et poésie dans l’introspection de ses personnages, dans leur intimité.

Elle traite de sujets on ne peut plus contemporains : l’amour, la famille, la fidélité, la reconstruction. Être une femme.

Parce qu’il demeure très difficile de parler de ce roman tant il est profond et diffère de ce dont on a l’habitude de lire, il importe de découvrir l’oeuvre et la plume de Zeruya Shalev.

Pour sa pureté mais surtout pour la justesse avec laquelle il s’intéresse à la complexité de s’épanouir en tant que femme, épouse et mère, Douleur est un magnifique roman.

Laisser un commentaire

Tweetez
Partagez
Enregistrer
Partagez
Lire les articles précédents :
Logo des élections municipales 2020
Municipales 2020 : quels enseignements tirer de ce premier tour si particulier ?

En pleine pandémie de Coronavirus, ce scrutin était très particulier comme indiqué par Lila Charvet dans son article sur les...

Fermer