La gestion de crise du coronavirus : entre état d’urgence sanitaire en Chine et inquiétude au niveau mondial14 min read

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Un nouveau coronavirus

Crédits photo : http://niaid.nih.gov

L’épidémie qui touche la Chine porte un nom : coronavirus. Plus exactement, le Covid-19, car c’est ainsi que l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a rebaptisé la maladie due à l’infection par le nouveau coronavirus 2019-nCoV. Ce virus fait partie de l’immense famille des coronavirus, qui infectent principalement les animaux. D’abord accusée à tort, la chauve-souris fut l’animal considéré comme étant le vecteur de contamination pour l’être humain. Or, c’est un autre animal, le pangolin, chassé pour sa chair et ses écailles, qui serait à l’origine de l’épidémie d’après les autorités sanitaires chinoises.

Par le passé, deux souches de coronavirus ont provoqué de graves épidémies : le SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère) et le MERS (Middle East respiratory syndrome). Le SRAS, parti de Chine lui aussi, a entraîné une pandémie entre 2002 et 2003, touchant près de 8100 personnes, dont 774 décès. Le virus MERS avait le Moyen-Orient comme foyer d’infection en 2012.

Le 11 janvier, la séquence génétique du virus 2019-nCoV est publiée par un consortium international, permettant de révéler que le coronavirus 2019-nCoV partage 89 % de son ADN avec le SRAS. La période d’incubation du virus a été évaluée fin janvier par le ministre chinois de la Santé, Ma Xiaowei, à 14 jours maximum. Quant à l’OMS, elle estime que cette période d’incubation s’étend de deux à dix jours.

De l’épidémie à la pandémie ?

Crédits photo : http://francetvinfo.fr

C’est au cours du mois de décembre, dans la ville de Wuhan, capitale de la Province du Hubei, 11 millions d’habitants, que les premiers cas de ce nouveau coronavirus sont détectés. En l’espace d’un mois, la propagation du virus est fulgurante en Chine, des premiers cas fleurissent au Japon, en Corée du Sud, et en France. Le 27 janvier, l’OMS corrige son évaluation de la menace, la qualifiant d’élevée à internationale, car il est établi que le virus se transmet d’humain à humain. Il y avait 64 cas recensés en dehors de la Chine au 28 janvier (pour plus d’informations, cliquez ici).

Des contrôles sanitaires systématiques sont mis en place à l’arrivée des vols en provenance des zones contaminées, Wuhan et d’autres villes du Hubei sont placées sous surveillance et mises en quarantaine par le gouvernement chinois. Les moyens de transport sont bloqués, les bus et les métros sont à l’arrêt et le port du masque est devenu obligatoire dans les lieux publics. Les localités proches de Wuhan, comme Huanggang, Ezhou, Chibi, Xiantao, sont dorénavant coupées du monde et vivent dans un cloisonnement total. Cette décision hors norme est la solution trouvée par Pékin pour enrayer l’épidémie et la contenir à la seule province du Hubei. La Chine est sous la pression internationale et l’inquiétude de l’OMS grandit jusqu’au 30 janvier.

C’est à cette date, que la situation internationale va changer. En effet, le directeur de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus a pris sa décision, la Chine ne peut plus orchestrer seule la lutte contre le coronavirus 2019-nCoV. À cette date, le bilan était de 8235 cas dont 171 décès, dans le monde. Le directeur de l’OMS déclara : « Nous devons agir ensemble pour limiter la propagation », en particulier pour éviter « que le virus se propage dans des pays dont les systèmes de santé sont plus faibles ». Le Covid-19 devient alors une urgence de santé publique de portée internationale ou USPPI (pour plus d’informations, cliquez ici). D’après le Règlement sanitaire international, l’USPPI « s’entend d’un évènement extraordinaire dont il est déterminé qu’il constitue un risque pour la santé publique dans d’autres États en raison du risque international de propagation de maladies et qu’il peut requérir une action internationale coordonnée » (Voir la Note d’Elisande Nexon et Antoine Bondaz de la FRS n°04/2020). Cette mesure a été déclenchée cinq fois : en 2009 pour le virus H1N1, en 2014 pour Ebola, en 2016 pour le Zika et en 2019 à nouveau pour Ebola en République Démocratique du Congo.

Ce qui est inquiétant, c’est que plusieurs cas sont apparus hors de Chine. En Asie principalement, mais également en France, aux États-Unis, en Australie, en Allemagne, au Royaume-Uni, au Canada. Avec trois décès en dehors de la Chine continentale : un à Hong-Kong, un au Japon et le dernier aux Philippines. Un article scientifique rédigé sous la direction du Professeur Nan-shan Zhong, qui est à la tête d’un groupe d’experts nommé par Pékin, a étudié le profil de 1099 malades chinois. L’étude révèle que toutes les personnes infectées n’avaient pas forcément de fièvre, alors que c’était un élément clef dans la détection jusqu’à présent. Surtout, la présence du Covid-19 est possible dans les selles des malades, et cela peut entraîner de graves conséquences dans les pays où le système d’évacuation des eaux usées est marginal.

Une hausse spectaculaire du nombre de cas confirmés

L’inquiétude de l’OMS, au cas où le virus se propagerait dans des pays en voie de développement, est justifiée. Alors que 174 passagers avaient déjà été testés positifs au coronavirus dans les jours précédents, 44 nouveaux cas ont été détectés, jeudi 13 février, à bord d’un navire de croisière, le Diamond Princess, mis en quarantaine au large de Yokohama, au Japon. Le 13 février marque un bond spectaculaire du nombre de cas confirmés en Chine et de décès par la même occasion. En effet, Pékin a annoncé plus de 15 000 contaminations supplémentaires et, dans le même temps, la Commission de la Santé du Hubei a déclaré 242 nouveaux décès dans la Province (pour plus d’informations, cliquez ici). Cela porte le bilan humain à près de 60 000 cas avérés et plus de 1360 morts.

Mais ce boum comptable s’explique par une nouvelle définition des cas d’infection. Les autorités chinoises ne vont comptabiliser que les cas diagnostiqués cliniquement, autrement dit une simple radio pulmonaire peut suffire à établir un cas suspect. Auparavant, un test d’acide nucléique était indispensable, mais la Chine manque de kits de tests et doit adapter sa stratégie. Mais cette méthodologie est critiquée par plusieurs chercheurs, comme Peter Rabinowitz, codirecteur du MetaCenter for Pandemic Preparedness and Global Health Security de l’Université de Washington. Selon lui : « cela rend vraiment les choses confuses s’ils changent complètement leur méthode de surveillance et de détection » (pour plus d’informations, cliquez ici).

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Crédits photo : Hush Naidoo

Le 17 février, le nombre de morts partout dans le monde s’élève à 1775, dont 1170 en Chine continentale. Le nombre total de contaminations est de 71 335 dont 70 552 en Chine continentale. Le nombre de cas en dehors de la Province du Hubei est de 115 contre près de 450 une semaine auparavant, ce qui laisse présager une stabilisation de la contamination. Des experts de l’OMS se sont rendus en Chine, afin d’accroître la collaboration avec leurs homologues chinois. En dehors de la Chine continentale, ce sont près de 800 cas de contamination qui ont été confirmés dans une trentaine de pays. Un premier cas a été décelé sur le continent africain, en Egypte, et un premier décès est survenu hors d’Asie (un touriste chinois âgé de 80 ans qui était hospitalisé en France).

Ce qui est préoccupant est le nombre de cas qui augmente au Japon. En dehors des 400 cas répertoriés sur le navire de croisière dont nous avons évoqué la situation, 61 autres personnes sont contaminées par le Covid-19. Le ministre japonais de la Santé, Katsuno Kato, a annoncé que son pays entrait dans une nouvelle phase de cette infection virale, constatant de jour en jour un virus se répandant comme une traînée de poudre parmi des individus qui ne viennent pas de Chine.

Une inquiétude grandissante chez les experts

Malgré la confiance de Pékin dans sa capacité à enrayer la crise, le directeur de l’OMS a quant à lui averti lors de la Conférence de Munich sur la Sécurité, qu’il « était impossible de prévoir quelle direction l’épidémie prendra », et ajouta : « Nous demandons à tous les gouvernements, toutes les sociétés et tous les organismes de presse de travailler avec nous pour déclencher le niveau d’alarme idoine sans souffler sur les braises de l’hystérie ». Nonobstant ces déclarations, et sans céder à la psychose générale, il est tout à fait normal de s’inquiéter et surtout d’anticiper la crise. En effet, de nombreux experts sont inquiets, et craignent qu’une pandémie ne se déclare.

Le Professeur Neil Ferguson, directeur du centre d’analyse des maladies infectieuses à l’Imperial College de Londres déclara sur la BBC : « Le nombre de cas déclarés n’est que la partie immergée de l’iceberg, en particulier en Chine où ils ne détectent probablement que 5 % des cas. Je pense que nous sommes au début d’une pandémie. ». Corroborant les propos du Professeur Bruno Hoen, chef du service des maladies infectieuses et tropicales, et médecin interne du CHU de Pointe-à-Pitre, qui a dit : « Il y a une sous-estimation indiscutable de la diffusion réelle du virus dans la population chinoise. Tous les malades ne vont pas à l’hôpital. Et même parmi ceux qui y vont, tous ne sont pas testés, faute de test. » (pour plus d’informations, cliquez ici).

La jurisprudence Ebola

Médecins lors de l’épidémie Ebola en 2014.
Crédits photo : http://cnn.com

L’OMS a été critiquée pour son manque de réactivité et sa gestion de l’épidémie du virus Ebola en Afrique de l’Ouest en 2014-2015, qui a fait plus de 11 000 morts. Un Groupe consultatif sur la réforme de l’action de l’OMS avait été constitué, soulignant les atermoiements de l’OMS, et décrivant une organisation trop bureaucratique, ce à quoi il faut ajouter les contraintes politiques, avec le poids des États dans la gouvernance de l’OMS. La bureaucratie est une cause non négligeable de la mauvaise gestion de l’épidémie Ebola par l’OMS, avec en premier lieu les dysfonctionnements entre le siège de Genève et les bureaux régionaux. Le directeur d’un bureau régional est nommé par les États membres, ce qui affaiblit l’indépendance de celui-ci. Sans oublier que ce sont les États qui financent l’OMS, par conséquent, celle-ci est dépendante des États, et doit prendre en compte les considérations politiques pour ne pas froisser ses généreux financiers.

Le 25 janvier 2015, des changements furent opérés. Les principales mesures décrétées ont été le renforcent des systèmes de santé des États membres, le recrutement, la formation des personnels de santé et l’amélioration des capacités nationales et internationales d’information et de surveillance des épidémies. La Directrice de l’époque, Margaret Chan, avait annoncé vouloir créer un nouveau programme d’intervention et de gestion des situations d’urgence humanitaire devant allier vitesse, polyvalence et rapidité.

Les hésitations de l’OMS à déclarer rapidement l’USPPI dans le cas du Covid-19 démontrent que l’Organisation n’est pas totalement guérie de ses maux, et que les préoccupations politiques continuent d’entraver son action. L’influence de la Chine à l’OMS s’est clairement posée devant les hésitations de son directeur. Pékin avait un intérêt politique à faire en sorte de retarder au maximum la déclaration d’une USPPI, pour des questions de prestige sur la scène internationale. En effet, l’impressionnante mise en quarantaine de villes de plusieurs millions d’habitants a pour objectif de présenter la Chine comme une grande puissance responsable, alors qu’elle avait subi un flot de critiques suite à la crise du SRAS.

Il faut ajouter que le Directeur de l’Organisation, ancien ministre de la Santé de l’Éthiopie, a été élu en 2017, grâce aux voix des pays en développement, appuyés par la Chine face à ses concurrents. L’influence chinoise au sein des Organisations internationales résulte du poids politique du pays sur la scène internationale, à son importante contribution financière au budget général de l’ONU, qui en fait le deuxième pays contributeur derrière les États-Unis ( cf.Note de la FRS n°04/2020).

Une veille sanitaire indispensable au niveau international

Le nouveau coronavirus, Covid-19, comme chaque émergence virale, fait planer le spectre d’une pandémie aux conséquences majeures. La réponse de l’OMS, vivement critiquée ces dernières années, est scrutée et représente un défi de taille pour la communauté internationale. La gestion des crises sanitaires et la communication qui en découle, représentent un exercice complexe pour les autorités nationales et internationales. La crainte d’une épidémie en Afrique est justifiée, car la fragilité des systèmes de santé dans plusieurs pays, qui doivent faire face à des épidémies de rougeole, de paludisme et d’Ebola, entraînerait irrémédiablement un engorgement dans les hôpitaux.

Malgré un renforcement des systèmes de veille sanitaire et de santé publique après Ebola, l’accès aux soins peut être limité et les pays ne disposent pas des capacités d’analyse nécessaires. Les États les plus pauvres seraient dès lors submergés et la crise serait bien plus grave qu’elle ne l’est aujourd’hui.

La situation n’est pas alarmiste, mais il faut rester prudent. Les cas d’auto-guérison existent et la Chine promet que le pic de l’épidémie est passé et qu’elle contrôle la situation. Il semble que nous soyons dans une phase de décrue, puisqu’en dehors du Hubei, seules 79 nouvelles contaminations ont été recensées mardi 18 février en Chine continentale, alors qu’elles étaient de 890 le 4 février. Mais comme l’a rappelé le directeur de l’OMS, le risque zéro n’existe pas, et il convient de rester prudent, car la situation peut très vite s’aggraver. Un opérateur d’un navire de croisière américain, le Westerdam, cherche à retrouver la trace de 1200 voyageurs qui ont débarqué au Cambodge, malgré la crainte de contaminations potentielles. Le virus a été diagnostiqué chez une ex-passagère arrivée en Malaisie, alors que beaucoup d’autres personnes sont rentrées chez elles, faisant craindre une propagation de l’épidémie.

Le nouveau ministre français de la Santé, Olivier Véran, a déclaré au micro de France Inter que le risque de pandémie est crédible. Sachant que l’Institut Pasteur a annoncé en janvier qu’il n’y aurait pas de vaccin avant l’été 2021, même si la Chine fait des tests avec le sang de personnes guéries pour soigner les malades, le chemin vers une sortie de crise est encore long.


Crédits photo de couverture : Markus Spiske

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