Journée mondiale de la Terre : agir pour la biodiversité16 min read

Journée mondiale de la Terre : agir pour la biodiversité16 min read

Avant toute chose, je vous souhaite un bon 50ème anniversaire de la journée de la Terre !

2020 est une de ces années pivots qui a tendance à marquer.

Est-ce simplement l’effet d’une nouvelle décennie ? Sans doute. Régulièrement 2020 faisait partie des dates clefs lorsque l’on faisait des prédictions. Certains auraient prédit des voitures volantes, d’autres la fin du monde, d’autres encore une guerre nucléaire ou la fin du capitalisme. Il semblerait qu’un petit pangolin ait mis à mal toutes les prévisions pour cette année !

Il y a tout de même une qui s’est avérée juste dans ce monde d’inconnus, c’est le changement climatique. Nous l’avons vu venir bien avant 2020, il a commencé et il s’accélère. Cette année 2020 doit servir de pivot dans l’action politique et économique sur le climat. C’est d’ailleurs le thème de la journée de la Terre 2020, l’action climatique. Fini le scepticisme, finie la dissonance cognitive, on se met au boulot !

Alors aujourd’hui, nous allons parler de biodiversité, un sujet sur lequel nous devons absolument agir. J’éviterai de tomber dans l’alarmisme ou la collapsologie, deux tendances très à la mode qui font d’ailleurs bien souvent des prédictions controversées (la fin de l’humanité en 2050 si nous ne faisons rien, New-York sous l’eau dans 20 ans, plus d’internet dans 15 ans …) et peu utiles au véritable progrès.

Sur ce, entrons dans le vif du sujet !

Qu’est-ce que la biodiversité ?

C’est l’ensemble des êtres vivants qui peuplent la Terre, c’est une variété d’espèces. On parle de variété génétique (deux plantes d’une même espèce peuvent avoir des gènes différents) et de variété culturelle (il y a des milliers d’espèces de plantes différentes). Notre planète compte environ 8,7 millions d’espèces de plantes et d’animaux, selon des estimations, dont 86 % des espèces terrestres et 91 % des espèces marines restent à découvrir.

Qu’est-ce qu’un écosystème ?

La biodiversité se répartit en écosystèmes. Un écosystème est un ensemble formé par plusieurs espèces dans un même environnement. La forêt de Rambouillet est un écosystème (renards, sangliers, chênes, pins…), les Pyrénées en sont un autre (marmottes, glaciers, vautours, hermines, Iris).

Les espèces qui forment l’écosystème sont dépendantes entre elles car elles échangent des informations, de la matière et de l’énergie leur permettant de vivre et de s’épanouir. Si une espèce d’un écosystème se meurt, cela affecte tout l’écosystème.

Nous arrivons au cœur du problème : la biodiversité se meurt, les espèces disparaissent et l’équilibre des écosystèmes n’est plus assuré. Un demi-million à un million d’espèces pourraient être menacées d’extinction dans les prochaines décennies.

La biodiversité souffre

En 2019, l’IPBES (équivalent du GIEC pour la biodiversité) a publié un rapport : 75 % du milieu terrestre et 40 % du milieu marin sont drastiquement abîmés à ce jour.

Près de la moitié des récifs coralliens a disparu ces 30 dernières années. Plus d’un tiers de tous les mammifères marins et plus de 40 % des oiseaux marins sont menacés. Environ 41 % des espèces d’amphibiens sont menacées d’extinction, près de 90 % des zones humides (marécages) ont été perdues depuis le 18ème siècle.

Aujourd’hui un mammifère sur quatre, un oiseau sur huit, un tiers des amphibiens et 70% des plantes sont en danger.

Rhinocéros
Certaines espèces de rhinocéros sont éteintes, la plupart sont menacées d’extinction; cela à cause du braconnage dont sont victimes les animaux.
Crédits photo: Nick Fewings – Unsplash

Un article à lire parmi tant d’autres: celui sur la mort de Sudan , dernier rhinocéros blanc du nord; et donc sur la mort de l’espèce.

Cette perte de biodiversité s’apparente à une sixième extinction. Elle est 1000 fois supérieure au taux naturel d’extinction des animaux. Cette sixième extinction est la première que l’on attribue à l’Homme, et il faut noter qu’elle est 100 fois plus rapide que la dernière (celle des dinosaures il y a 65 millions d’années).

Si vous êtes intéressés par les 5 grandes extinctions précédentes, cliquez ici.

La France n’est pas à l’abri de cette extinction, c’est plutôt le contraire… Avec le deuxième domaine maritime mondial et une grande variété de territoires, la France accueille 10% de la biodiversité mondiale. Nous hébergeons des espèces endémiques, c’est-à-dire qui ne vivent nulle part ailleurs. Il est donc de notre responsabilité de les protéger. Malheureusement, la France figure sur le top 10 des pays qui hébergent le plus grand nombre d’espèces menacées (1 546).

Quelle sont les causes de cette extinction ?

Il y a cinq causes essentielles :

  • La destruction des habitats (déforestation, urbanisation, agriculture, dégradation des terres, routes, exploitation minières/pétrolière…). Les zones urbaines se sont agrandies considérablement depuis les années 90 (presque par deux). Cet étalement porte préjudice à la biodiversité puisqu’en bétonnant nos rues, nous tuons l’habitat de centaines d’espèces.

A ce jour, plus de 500 000 espèces terrestres connaissent une insuffisance en habitat pour leur survie à long terme. Seulement un quart des terres dans le monde sont restées à l’état sauvage, intouchées par l’Homme. On attend de ce chiffre qu’il chute à 10% en 2050.

La diminution des herbiers marins, essentiels pour les animaux marins et pour séquestrer du carbone, est de 10 % par décennie depuis les années 1970. Les récifs coralliens ont, eux, reculé de moitié depuis 1900 et les mangroves de 75 %.

100 millions d’hectares de forêts tropicales ont été perdus entre 1980 et 2000. En Amérique Latine (42 millions d’hectares concernés), la faute est principalement imputée à l’élevage du bétail et à la production de soja pour nourrir ce même bétail. En Asie (7,5 millions d’hectares à peu près), ce sont surtout les plantations d’huile de palme.

  • La surexploitation de la biodiversité (chasse, pêche, braconnage). On estime que 55 % des océans sont exploités par la pêche industrielle et qu’un tiers des stocks de poissons marins sont surexploités. En outre, on a trouvé, en 2011, que plus d’un tiers de la pêche dans le monde est illicites ou non déclarée. Cela s’est probablement empiré avec les années. Enfin, sachez que 70 % des bateaux impliqués dans cette fraude sont financés à travers des paradis fiscaux.

  • La pollution de l’air, des eaux, des sols avec l’utilisation de produits chimiques non adaptés au bien-être de l’environnement (pesticides, insecticides, produits ménagers toxiques…).

  • L’introduction des espèces envahissantes : les ragondins ont été introduits accidentellement dans la forêt de Fontainebleau, alors que ce n’est pas leur place naturelle. Ils constituent une menace pour d’autres espèces locales qui ne sont pas adaptées à la présence de ces redoutables prédateurs. L’équilibre de l’écosystème est menacé.

Le nombre d’espèces exotiques envahissantes a augmenté d’environ 70 % depuis 1970 en moyenne, surtout à cause des échanges commerciaux dont la fréquence s’est multipliée par 10 sur la période. On observe là un des effets néfastes de la mondialisation.

  • Le changement climatique qui établit une vraie sélection naturelle sur certaines espèces ne pouvant s’adapter.

Globalement, toutes les causes de la sixième extinction sont attribuables à l’Homme. Nous jouons avec la biodiversité comme on joue avec le feu. Nous touchons au patrimoine génétique des espèces en introduisant des espèces hybrides (OGM), nous perturbons le fonctionnement naturel des océans et des forêts, nous détruisons la variété en imposant des monocultures dans les sols. La liste n’est pas exhaustive.

Pourquoi devrait-on s’inquiéter de la sixième extinction ?

Hormis son nom quelque peu effrayant et notre amitiés pour les animaux, avons-nous une raison de se sentir concerné ? Absolument.

Les extinctions de masse connues précédemment ont anéanti entre 60% et 95% des espèces, ce qui demande des millions d’années aux écosystèmes pour s’en remettre.

Comme mentionné plus tôt, les organismes vivants sont tous connectés entre eux par les écosystèmes. Si des espèces meurent, nul doute que cela va perturber toute la chaîne alimentaire ! C’est grâce à la biodiversité que l’Homme prospère : les plantes fabriquent de l’oxygène, les bactéries décomposent la matière organique en nutriments offrant aux plantes un sol sain pour se développer, les pollinisateurs sont essentiels à la reproduction des plantes. Si les abeilles venaient à mourir, l’humanité pourrait disparaître en 4 ans seulement !

Parlons aussi des océans qui agissent comme d’importants puits de carbone en emprisonnant ce dernier. Grâce à dame nature, nous avons un air pur, des sols sains, de quoi manger et s’abriter.

Si vous êtes intéressés par les capacités extraordinaires de la nature, je vous invite à regarder le TedX d’Idriss Aberkane en cliquant ici.

La biodiversité est la responsable numéro 1 des progrès humains 

La science (notamment la biologie, la pharmacologie et la médecine) évolue chaque jour en observant la nature et ses mécanismes. Une grande perte de biodiversité signifie donc la perte d’une source précieuse d’informations utiles au développement de traitements potentiels.

La biodiversité représente aussi une solution efficace contre les épidémies elles-mêmes : la diversité génétique des espèces rend difficile la propagation rapide d’agents pathogènes, puisque chaque corps est différent. Lorsque l’on a un champ agricole destiné uniquement au blé, qui plus est un blé génétiquement modifié ; le risque est qu’il soit détruit en un clin d’œil si une maladie survient. Parce que tous les plants de blé seront les mêmes, ils tomberont comme des dominos.

La biodiversité impacte nos sociétés

Quand les ressources viennent à manquer, des conflits ont tendance à survenir. Or, si nous épuisons nos ressources et que la biodiversité ne nous fournit plus d’eau propre, c’est exactement ce qu’il va se produire. Cette catastrophe écologique pourrait aussi entraîner des migrations importantes, ce que nous ne sommes pas vraiment prêts à assumer aujourd’hui.

Le rapport 2019 de l’OPBES souligne en outre que si la tendance à la sixième extinction se poursuit, cela va « freiner les progrès en vue d’atteindre les objectifs de développement durable des Nations unies pour 2030 dans 80 % des cas où les cibles ont été évaluées ». Ces objectifs sont la réduction de la pauvreté, l’accès à l’eau, l’accès à la santé…

Enfin, j’ai une petite pensée pour les peuples autochtones, premiers à subir les dommages écologiques. Bien souvent, des tribus dépendent directement de leur environnement pour subsister, mais aussi parce que leur culture et leurs traditions sont intrinsèquement liées à la nature.

Au Brésil, les peuples vivant dans la forêt amazonienne semblent vouer à disparaître si la forêt est détruite. Sans leurs terres, ils perdent leurs manières de vivre, leurs rituels, leurs traditions, leur langue et donc leur culture. Finalement, une perte de biodiversité au sens biologique du terme constitue aussi une perte de biodiversité culturelle pour les hommes.

Comment agir face au défi ?

J’ai une bonne nouvelle pour vous, il n’est pas trop tard pour agir. La biodiversité est un problème qui peut s’empirer rapidement mais aussi s’améliorer rapidement, car les espèces rebondissent très vite. Ainsi, si nous agissons dès maintenant, les chances sont énormes pour que nous sauvions une grande partie des espèces menacées.

Regardez donc cette vidéo sur la réintroduction des loups dans le parc national de Yellow Stone pour comprendre comment il est possible de régénérer les écosystèmes :

Le seul cas dans lequel il est trop tard pour agir, ce sont lorsque les espèces sont éteintes. Cela signifie que nous pouvons avoir de l’espoir pour toutes les autres ! En revanche, et contrairement au réchauffement climatique qui est assez « simple » (trop de gaz à effet de serre dans l’atmosphère = réchauffement planétaire), la biodiversité est très complexe. Le plus tôt nous agirons, le mieux ce sera.

Pour enrayer les pertes de biodiversité, il faut s’attaquer à la racine des maux : changement climatique, pollution, surexploitation, destructions des habitats, insertion des espèces envahissantes…

Au niveau global

Nous nous devons de trouver un accord ambitieux sur la protection de la biodiversité. Ceci devrait se faire lors de la prochaine COP biodiversité, initialement prévue à Pékin fin 2020. Les pays doivent s’accorder sur des mesures stricte, notamment l’abandon des subventions pour les projets détruisant la biodiversité (par exemple concernant les combustibles fossiles auxquels 345 milliards de dollars sont attribués tous les ans). Ces projets sont contre-productifs puisqu’ils nous obligent par la suite à débourser dans les 5 000 milliards de dollars pour réparer un minimum de dégâts. Il faut aussi penser la création d’espaces (vraiment) protégés pour les écosystèmes sensibles et/ou endogènes : forêts primaires, zones humides, forêts tropicales…

Je me dois quand même de dire un mot sur le coronavirus qui, rappelons-le, aurait été originaire d’un pangolin. Cet animal menacé d’extinction est le plus braconné au monde. Pourquoi la Chine ouvre-t-elle son marché aux animaux exotiques alors qu’ils favorisent la prolifération de maladies dangereuses pour l’Homme ? Les états doivent réglementer et punir très sévèrement le braconnage, la chasse illégale et la surpêche. L’agriculture a un sérieux travail de modernisation à faire, sujet sur lequel vous pouvez vous attendre à un article complet une prochaine fois.

Nous nous devons aussi d’étudier la sylviculture afin de replanter des forêts à l’original et de restaurer celles qui sont en mauvais état. Globalement, le nombre d’arbres augmente chaque année (110 millions d’hectares de forêts ont été plantés en plus de 1990 à 2015) mais on ne peut pas parler de forêts. Les arbres sont plantés en monoculture, ce qui signifie qu’ils n’ont aucune résistance aux maladies. Ces « forêts » peuvent mourir très facilement, elles ne sont pas durables. Elles manquent de cette complexité qui fait qu’une forêt fonctionne.

En France

Parmi les choses à faire, il me parait essentiel de reléguer le lobby de la chasse à son rôle de lobby, non de mafia qui fait pression sur les élus politiques et distille le mensonge des « chasseurs écologistes » ou de la « chasse nécessaire ». On l’a vu dans le parc naturel de Yellowstone, les loups sont d’excellents régulateurs naturels des écosystèmes. Pourquoi vouloir absolument les éradiquer pour ensuite (mal) jouer leur rôle ?

Il me semble important à ce sujet que la société entière repense son lien à la nature. Celle-ci n’est pas un musée dans lequel les hommes se baladent, c’est un organisme vivant avec lequel nous devons vivre en harmonie, pour le bien de tous. Il n’est pas question de management ou de gestion du vivant, mais de « travail de groupe » si vous préférez.

Au niveau personnel

Nous devons tous repenser notre manière de produire et de consommer. Puisque les plantations d’huile de palme sont l’un des grands facteurs de déforestation, pourquoi ne pas arrêter d’en consommer ? Pourquoi ne pas refuser de manger de la viande en provenance du Brésil alors que l’élevage détruit la forêt amazonienne, ou encore mieux, de refuser de manger des animaux nourris au soja plein d’OGM provenant du Brésil ?

Pour faire de la journée de la Terre une journée de tous les jours, il y a tout une série d’action que nous pouvons mettre en place chacun à son échelle pour protéger la biodiversité : préserver la nature dans son jardin, cultiver des plantes mellifères (pour attirer les abeilles), utiliser des produits respectueux des sols que ce soit en jardinage ou pour le ménage, ne pas jeter ses détritus dans la nature, ne pas surconsommer de poisson et faire globalement attention à la provenance de ses aliments (le bio étant la meilleure option à ce jour pour protéger les sols), lutter contre le changement climatique en prenant moins l’avion et la voiture… La liste est loin d’être exhaustive, il y a tant à faire !

Prendre soin de la Terre et de ses habitants n’est plus seulement un désir isolé des écologistes, c’est une nécessité !

Je vous laisse avec une dernière petite vidéo et sur cette phrase du Pape François à Nicolas Hulot : Dieu pardonne toujours, les Hommes parfois, la nature, jamais.


Sources et ressources intéressantes :

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