La claque littéraire du début d’année : le consentement de Vanessa Springora4 min read

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Avant même sa sortie, Le consentement de Vanessa Springora a énormément fait parler de lui et pour cause ! L’autrice livre dans son roman sa propre histoire, notamment sa relation avec un écrivain notoire.

La rencontre avec Gabriel Matzneff

Le roman débute dès l’enfance de la narratrice : un père totalement absent, une mère qui choisit de partir et de vivre seule avec sa fille. Travaillant dans une maison d’édition, elle a de nombreuses connaissances dans le milieu littéraire, dont certains auteurs très en vogue.

C’est lors d’un dîner mondain, où n’étaient présents que des intellectuels, que la narratrice rencontre pour la première fois Gabriel Matzneff. Sa mère lui propose de le raccompagner en voiture et il s’assoit aux côtés de Vanessa.

Elle avait treize ans, il en avait cinquante, et c’est à ce moment-là que tout commence.

Une relation tolérée laissant libre cours à l’emprise

Gabriel Matzneff prend contact avec Vanessa en lui écrivant des lettres, créant ainsi une relation épistolaire et privilégiée entre eux. Peu à peu, Matzneff l’attend devant le collège et des rendez-vous ont lieu dans des lieux publics, puis chez lui, dans son studio à Paris.

Vanessa a treize ans et elle entame une relation amoureuse avec Matzneff. C’est avec lui qu’elle découvre le sexe, la relation à deux.

Le plus étonnant, c’est qu’elle se décrit comme étant parfaitement consentante. Elle se donne à lui, cet écrivain si connu, si charismatique, qui devient la figure masculine qu’elle recherchait tant.

Elle ne comprend pas quand Matzneff lui explique qu’il n’aime avoir de relations qu’avec des jeunes filles, des adolescentes à peine pubères. La jeune adolescente ne perçoit pas la gravité de la situation, la prédation dont fait preuve Matzneff.

La relation s’installe, Vanessa se dit amoureuse de lui et s’épanouit avec cet homme.

Sa mère, qui l’apprend, décide de ne pas réagir, de respecter le choix de sa fille. Comme toutes les autres – ou presque – personnes qui ont eu vent de cette histoire. Peut-on parler de choix et de conscience à treize ans ? Surtout lorsque le schéma familial empêche l’enfant de se construire.

L’emprise de Matzneff est totale, sans aucun obstacle, sans poursuite. A cette époque, le leitmotiv était la liberté et le choix. Personne n’a alors été choqué d’une telle relation, ni du penchant de Matzneff pour les jeunes personnes, femmes ou hommes. Le consentement n’avait pas d’âge, chaque être pouvait l’exprimer librement.

Un roman qui dénonce une omerta

Si Vanessa décide de s’exprimer aujourd’hui, c’est pour dénoncer une omerta dans le milieu littéraire qui a existé et existe peut-être toujours.

A travers son style froid et distant, l’autrice parvient parfaitement à décrire l’emprise et la prédation de Matzneff. Elle était extrêmement jeune et elle se croyait consentante, mais en réalité elle n’avait pas le recul nécessaire. Puisque personne n’a rien fait, pas même sa mère, elle se persuade qu’il n’y a aucun mal, qu’elle a choisi de vivre une telle histoire.

Ce roman est une oeuvre qui questionne la notion même de consentement et les limites qu’il peut présenter selon les caractéristiques de chaque personne, notamment l’âge. Il pointe également du doigt la passivité et le déni de tout un milieu professionnel, parfaitement au fait de la relation entre un homme et une jeune femme que trente-sept ans séparent.

Le consentement permet à l’autrice de démontrer que l’on peut se croire consentante, car l’on a pas été contraint.e ni forcé.e physiquement. Surtout, il pointe très intelligemment que le curseur ne doit pas être positionné sur la jeune femme, mais bien sur l’homme qui abuse de sa position dominante. Il faut interroger sa motivation à lui, sa prédation et son obsession malsaine pour la jeunesse.

Comment admettre qu’on a été abusé, quand on ne peut nier avoir été consentant ? Quand, en l’occurrence, on a ressenti du désir pour cet adulte qui s’est empressé d’en profiter.” – extrait du roman.

Une oeuvre d’utilité publique

Le consentement de Vanessa Springora est encore la preuve qu’il y a de sérieux dysfonctionnements dans notre système. Que l’omerta existe encore et doit impérativement cesser car elle demeure au détriment de la vie des victimes.

Ce roman démontre également que la notion de consentement est complexe et qu’il importe que la société et le droit s’en emparent, la définissent. Le consentement, c’est enfin l’histoire d’une époque, libertaire à l’extrême, qui tolère de telles relations.

C’est un roman qui insuffle une prise de conscience, qui éveille les esprits à la problématique du consentement. C’est un roman qui est capable d’entraîner une véritable remise en question de la société et de contribuer au changement.

Si, à travers son roman, l’autrice raconte sa propre histoire, il s’agit d’une oeuvre qui nous concerne tou.te.s tant les problématiques sont universelles.

Au regard du grand retentissement qu’a eu Le consentement, il est évident qu’encore au XXIème siècle, la littérature est un outil réel pour dénoncer et œuvrer en faveur d’un changement. Son pouvoir perdure.

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