La LPPR : En marche vers la précarité ?5 min read

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Souvent peu médiatisé, le monde universitaire est pourtant très actif et mobilisé contre la réforme des retraites, mais aussi contre la loi de programmation pluriannuelle de la recherche (LPPR).

Alors que la loi était toujours en cours d’élaboration, le PDG du Centre national de la recherche scientifique (CRNS), Antoine Petit, s’était fendu d’un petit commentaire taxant la loi de “darwinienne” et inégalitaire, le 26 novembre 2019 lors d’un discours pour les 80 ans de l’organisme. Ses déclarations ont tout de suite été vivement critiquées par le monde scientifique, alors que cette loi continue de mobiliser énormément de personnel de la communauté scientifique, que contient-elle vraiment ?

Vers toujours plus de précarité ?

Si une partie des enseignants sont titulaires, une autre partie ne l’est pas et ces derniers sont pour la plupart dans des situations de grande précarité : contrats signés tardivement, rémunérations faibles et arrivant bien souvent des mois plus tard, frais de transport non remboursés, horaires surchargés, etc. Les faits prouvant la précarité sont nombreux alors que l’on pourrait espérer des conditions de travail plus dignes, la LPPR semble bien aller à l’encontre des revendications des jeunes chercheurs.

En effet, la loi prévoit l’instauration par exemple d’un “CDI de mission scientifique alignée sur la durée des projets de recherche”. Si aujourd’hui, les nouveaux doctorants sont recrutés en CDD, un contrat à durée indéterminée de plusieurs années les mettrait à l’abri plus de temps, mais qu’adviendrait-il de ces derniers à la fin du contrat ?

Autre point sensible, la création d’une chaire de professeur junior en “tenure track” (CDD avec possibilité de titularisation). Concrètement, ces derniers auront une meilleure rémunération et bénéficieront de budgets de recherche pré-alloués. Ils seront recrutés au nombre de 150 par an, ce qui inévitablement conduirait à une concurrence encore plus accrue entre les jeunes chercheurs pour bénéficier de ce contrat. C’est donc une course à la performance et aux publications qui ne pourrait que s’accroître. De plus, les nouveaux maîtres de conférence recrutés ne bénéficieraient pas de ces avantages. Il y aurait donc, pour le même travail, des conditions de rémunération inégales.

Bien au-delà de régler les problèmes de précarité des jeunes chercheurs, la LPPR va sûrement les accroître et instaurer une concurrence encore plus accrue entre ces derniers. Même si la ministre Frédérique Vidal a promis une revalorisation des salaires pour les nouveaux chercheurs recrutés, cela ne semble pas vraiment répondre aux revendications et aux inquiétudes des jeunes précaires.

Quel financement pour la recherche ?

L’une des autres craintes inspirées porte sur le financement de la recherche. Si aujourd’hui les laboratoires reçoivent des crédits de fonctionnement pour mener à bien leurs recherches, la LPPR semble vouloir inciter les laboratoires et les chercheurs à présenter leur projet de recherche à des organismes pour qu’ils puissent bénéficier de financements.

Développer cette pratique reviendrait donc à diminuer la liberté du chercheur dans ses recherches. Ce dernier serait en quelque sorte contraint de revoir ses priorités de recherche en fonction des financements qu’il peut obtenir pour tel ou tel projet de recherche. Ce sont donc de très nombreuses recherches qui pourraient ne jamais voir le jour si le chercheur n’obtient aucun financement pour son projet. Que deviendra la recherche si tous les sujets abordés sont similaires ? Certaines disciplines comme les sciences humaines et sociales, qui souffrent déjà d’un manque de moyen, risquent d’être encore plus en difficulté avec cette logique de financement par projet. C’est donc bien l’indépendance de la recherche qui semble être remise en cause ici.

La fin de l’université comme service public ?

Après Parcoursup qui a instauré une “sélection” à l’université, la LPPR semble elle vouloir toujours donner moins de moyens à l’enseignement supérieur alors que le nombre d’étudiants ne cesse de croître et que les conditions d’études se dégradent. Tout comme l’hôpital dont le personnel est en grève depuis mars 2019 pour manque de moyens, la communauté universitaire s’est aussi mis en grève pour demander plus de moyens et des conditions de travail plus stables pour les jeunes chercheurs. Des revues tels que les Actes de la Recherche en Sciences Sociales, Genèse, Sociétés contemporaines, etc. se sont aussi mis en grève pour dénoncer les logiques de financement, de performance et d’évaluation qui sous-tendent la LPPR.

C’est donc bien l’ensemble de la communauté scientifique qui semble aujourd’hui être mobilisée contre la LPPR. Cependant, ces derniers semblent souffrir d’un véritable manque de médiatisation, peut-être car la réforme des retraites continue à être au centre des débats. Quelle suite pour les mobilisations ? Mais aussi quel avenir pour la LPPR ? Le gouvernement a déjà montré qu’il est peu enclin à faire des concessions. Face à un milieu qui reste encore invisible dans le monde médiatique, il est très probable qu’aucune des dispositions de la loi ne soit remise en cause. L’université pourra-t-elle donc toujours assurer sa mission de service public sans augmentation de ses moyens ? La recherche sera-t-elle toujours indépendante ? Toutes ces questions sont aujourd’hui sans réponse, mais si la LPPR venait à être adoptée, il se pourrait alors bien que ces questions trouvent une réponse.

Crédits photo de couverture : Feliphe Schiarolli

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