Le silence d’Isra : les femmes face au poids de la tradition5 min read

Le silence d’Isra : les femmes face au poids de la tradition5 min read

Lorsque l’on referme ce roman, il semble impossible de ne pas ressentir une multitude d’émotions tant il est puissant.

Un roman à trois voix

Etaf Rum signe son premier roman avec Le silence d’Isra. L’intrigue se construit avec les voix d’Isra, dans les années 1990, et de Deya, sa fille, en 2008.

En 1990, Isra est une jeune palestinienne de dix-sept ans mariée de force qui émigre malgré elle aux Etats-Unis, dans la famille de son époux, également palestinienne.

Isra a toujours refusé de se marier si jeune et préférait se réfugier dans la lecture, pour découvrir un monde plus paisible, où le champ des possibles s’élargissait.

La vie aux Etats-Unis n’a rien de magique, bien au contraire. Isra est immédiatement coupée du monde extérieur. Ses journées sont dédiées aux tâches ménagères avec sa belle-mère Farida, et à la satisfaction de son époux.

Très vite, Isra donne naissance à une fille, puis deux, puis trois, puis quatre. Sa belle famille et surtout sa belle-mère n’ont de cesse de lui répéter qu’il faut qu’elle ait un fils, pour ne pas entacher la réputation de la famille. En vain. Le déshonneur est inévitable.

Parmi ses quatre filles, il y a Deya, sa fille aînée. Dans le roman, on la découvre à dix huit ans, l’âge pour elle de se marier, pour suivre la tradition arabe. Le fait d’être citoyenne américaine n’influe en rien sur la culture et les dictats du mariage.

Comme sa mère, Deya refuse de se marier. Elle tient tête à sa grand-mère, Farida, qui n’en démord pas. Eprise de littérature, Deya veut étudier à l’université, pour ne pas avoir le même destin que sa mère, esseulée et recluse. Condamnée à épouser un homme inconnu pour qui les violences conjugales se transmettent par mimétisme.

Le poids insupportable des traditions 

Le silence d’Isra démontre parfaitement la difficulté pour de nombreuses familles de s’affranchir de certaines traditions, d’évoluer dans son environnement.

Isra est palestinienne mais elle vit aux Etats-Unis : elle ne connaîtra jamais les possibilités qu’offre ce pays, elle ne jouira jamais des droits dont bénéficient les femmes américaines. C’est d’ailleurs flagrant : en aucun cas elle ne s’identifie à une américaine et n’ose rêver mener une vie en adoptant le mode de vie de cet Etat libéré.

Deya, qui est née aux Etats-Unis et y a été scolarisée, subit les mêmes interdictions. Sa grand-mère Farida n’a de cesse de lui répéter qu’elle n’est pas américaine. Elle est arabe et ne doit jamais l’oublier.

L’adolescente ne doit pas s’imaginer vivre sa vie autrement que comme le dicte la tradition.

On comprend alors clairement que malgré le lieu choisi pour vivre, l’émancipation du mode de vie arabe s’avère impossible. L’immigration est un leurre, elle ne sert que les intérêts économiques mais n’a aucun impact sur leur vie.

Les cultures arabe et américaine sont antinomiques et leur complémentarité parfaitement impossible.

Les femmes demeurent soumises à un mode de vie et ne peuvent s’affranchir de certaines règles.

La condition de la femme décrite est criante de vérité. Il ne fait pas bon vivre de naître femme. Cela sonne presque comme une condamnation, une sentence. Etre une femme est synonyme de dévotion et d’oppression, de soumission à l’homme.

Toutes les femmes de ce roman en sont victimes et cherchent, en adéquation avec leur personnalité, à se défaire de ce non-statut. Pour Isra, il s’agira de se réfugier dans le silence, pour Deya, de trouver la force de défier ses grands-parents, pour Sarah, de se rebeller ouvertement.

Le silence d’Isra dépeint avec justesse l’oppression des traditions sur les femmes, oppression qui perdure de génération en génération malgré l’immigration.

Ce roman décrit la perpétuation du dénigrement de la femme.

L’élan de libération de Deya, un hymne pour toutes les femmes opprimées

Deya refuse de se marier si jeune, à un homme qu’elle ne connaît pas. Elle va trouver la force de s’opposer à ses grands-parents, qui ne cessent de lui trouver des prétendants.

Elle veut rompre avec la fatalité en étant l’actrice de sa propre vie et maîtresse de ses décisions.

Malgré les difficultés, la peur des représailles et de la perte de sa famille, Deya fait preuve d’un immense courage. Elle ne tardera pas à se rendre compte qu’elle n’est pas la seule révoltée de sa famille….

Le silence d’Isra est un roman qui démontre les ressources des femmes, leur force et leur détermination. Parfois aussi, comme c’est le cas pour Isra, de leur abnégation. 

La force salvatrice de la littérature 

Ce qui lie tous les personnages du roman, c’est leur amour de la lecture. La littérature y a une place majeure.

Elle devient leur refuge, leur abri, leur “espace à elles”.

Chaque femme voue un amour à la littérature et doit se cacher pour lire, car cela lui est interdit.

Pourtant, lire est un échappatoire à la difficulté du quotidien. La lecture est un exutoire, alimente l’imaginaire, fait voyager, rêver.

Mais pas seulement. Elle permet aussi de s’identifier, de se cultiver et de devenir plus forte.

Le silence d’Isra est une ode à la littérature tant elle est omniprésente, tant son pouvoir est salvateur.

Un roman féministe puissant

Etaf Rum livre des éléments autobiographiques dans son premier roman. Elle nous offre une immersion au sein d’une famille qui peine à se reconstruire, à l’identité multiple et qui se raccroche à ses traditions.

L’autrice véhicule un message extrêmement puissant : la libération des femmes, où qu’elles vivent et quelle que soit leur nationalité.

Etre une femme n’est pas une fatalité. Il ne faut pas craindre de se battre pour ses idéaux, de vouloir prendre ses propres décisions et aller à l’encontre d’une société patriarcale qui se complait dans le rôle d’oppresseur.

Le silence d’Isra nous parle du peuple palestinien et de la tragédie qu’il subit, mais également d’auto-détermination et de la prise de pouvoir des femmes. 

C’est un récit poignant qui participe à l’émancipation de la femme et comme l’écrit l’autrice dès le début du roman : “Cette histoire, vous ne l’avez jamais entendue”.

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