Analyse : Leipzig déjà freiné par Fribourg10 min read

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C’est un petit hold-up qui a eu lieu cet après-midi dans la Saxe, puisque le RB Leipzig a dû se contenter du nul face à Fribourg (1-1). Dans une Red Bull Arena vide – coronavirus oblige – et après avoir longtemps été mené, l’actuel troisième de Bundesliga a arraché un point du nul pas immérité.

On aurait tort cependant, du côté de Leipzig, de fustiger le réalisme glacial de l’adversaire du jour (1 tir cadré, 1 but). Déjà parce que les deux clubs ne disposent pas de moyens similaires, mais surtout car le danger que représente un match face à Fribourg n’est pas inédit : les hommes de Christian Streich aiment jouer les trouble-fêtes et déjouer les pronostics, eux à qui l’on prédit un maintien délicat avant chaque début de saison.

RB Leipzig vs SC Fribourg
La composition de Leipzig
SC Fribourg vs Leipzig
La compo de Fribourg

Le film du match

Les 22 acteurs n’ont pas tardé à retrouver le rythme, malgré l’interruption du championnat pendant plusieurs semaines. Rapidement, les joueurs de Leipzig ont imprimé leur style de jeu, à base de pressing efficace, de transitions menaçantes et de temps de possession bienvenus. A l’image de leur coach qui avait déjà retiré son masque avant même le coup d’envoi, les rouges et blancs semblaient presque avoir oublié les circonstances exceptionnelles dans lesquelles se déroulait le match.

Nagelsmann sans masque
Crédits photo : Yucci Mane

Et pourtant, ce sont les visiteurs qui trouvent en premier la faille. Manuel Gulde profite des errements défensifs adverses pour ouvrir le score, à la suite d’un corner frappé par Vincenzo Grifo. S’en suit une célébration qui risque de devenir coutumière dans les prochaines semaines : celle des coudes.

Ce but contre le cours du jeu refroidit quelque peu le RBL, incapable de relancer la machine jusqu’à la pause, à un moment où la ferveur habituelle des supporters est sans aucun doute primordiale.

Les hommes de Nagelsmann repartent néanmoins conquérants dès le coup d’envoi de la seconde période, forts d’un changement d’approche tactique (voir plus bas). Un schéma d’attaque-défense se met en place, et c’est Alexander Schwolow, le portier de Fribourg, qui brille.

Mais les vagues se succèdent, et les visiteurs finissent par craquer. Sur un centre de Kampl, Poulsen prend enfin le meilleur sur Schwolow, grâce à une tête décroisée imparable. Ce but a un air insolite, sa construction n’étant pas la plus récurrente chez le troisième de Bundesliga, et alors que le SCF avait pris le dessus dans le domaine aérien.

Sans supporters, il fallait bien une petite intervention de la VAR pour venir pimenter la fin de match, et Manuel Gräfe ne s’en est pas privé. A la suite d’une combinaison sur coup franc dont rêvent tous les adeptes de Football Manager, Robin Koch pense offrir la victoire aux siens, mais son coéquipier Lucas Höler est finalement signalé hors-jeu.

Dominer ne veut pas dire gagner

On a beau dire que cela serait plus juste, si l’issue d’un match de football était perpétuellement liée à la domination d’une équipe sur une autre, il en perdrait une bonne partie de sa saveur.

Ce soir, ce n’est sûrement pas l’état d’esprit qui anime les supporters du RBL, après ce match nul qui ne reflète pas la physionomie de la rencontre.

Les statistiques sont clairement à l’avantage du troisième de Bundesliga, avec plus de 20 tirs, 61% de possession, et une avalanche d’occasions.

Mais voilà, dans le football, le manque de réalisme se paie cash, et Leipzig en a fait les frais cet après-midi. A force de tenir le ballon et de menacer la cage adverse, on finit souvent par relâcher sa garde : l’ouverture du score sur corner des visiteurs en est l’illustration parfaite.

Nagelsmann ne retiendra évidemment pas que le négatif de cette rencontre, lors de laquelle son équipe s’est montrée particulièrement cohérente et fidèle à ses idées, mais il semble fort probable que le jeune technicien se focalise dans les prochains jours sur les deux problèmes majeurs qui ressortent de ce match : l’inefficacité offensive et les coups de pied arrêtés défensifs.

Si le premier est à relativiser au vu de la performance d’Alexander Schwolow dans les cages de Fribourg, le second est plus gênant. Leipzig s’est en effet montré particulièrement fébrile dans ce secteur de jeu, et aurait même pu perdre le match sur une situation similaire, si Lucas Höler avait eu l’épaule moins volumineuse, dira-t-on.

Conclusion : c’est le réalisme qui fait gagner les matchs, mais la cohérence du projet de jeu du RBL va dans ce sens, et c’est pour cela que les résultats de cette saison sont dans l’ensemble très satisfaisants.

Le constat : Nagelsmann toujours aussi flexible

Les quelques fans de football pas habitués à suivre la Bundesliga mais qui s’y sont attardés aujourd’hui ont du apprécier le sens tactique de Julian Nagelsmann.

A vrai dire, cela ne surprend plus grand monde outre-Rhin, le jeune entraîneur allemand ayant déjà fait ses preuves depuis longtemps dans ce domaine.

Adepte des changements tactiques en cours de rencontre, il a renoué avec sur ce match. Après avoir débuté ce dernier en 3-4-1-2, c’est en 4-4-2 que ses joueurs se sont réorganisés dès l’entame de la seconde période. Un changement loin d’être un coup de poker tactique, ce procédé étant au final très habituel dans les pratiques de Nagelsmann.

La réorganisation tactique de Leipzig au début de la 2ème période

Cette réorganisation tactique, initiée par la rentrée d’Ademola Lookman à la place de Nordi Mukiele, a plutôt porté ses fruits : le RBL a nettement dominé les 45 minutes suivantes, multipliant les offensives.

L’entrée du jeune anglais – un choix résolument offensif – a permis d’apporter davantage de présence dans la surface adverse, son profil de box-to-box étant particulièrement opportun.

Si Julian Nagelsmann a accepté le risque de déséquilibre, c’est déjà parce qu’il connaît les capacités de son équipe à imposer un gegenpressing impérial, mais aussi car la stratégie de son homologue était claire : tout faire pour conserver le score, à savoir défendre en bloc bas.

La rentrée de Schick à la place de Nkunku dans les dix dernières minutes n’était également pas dénuée de sens, accentuant la présence du RBL dans la surface adverse (Poulsen, Schick, Werner) afin de tirer profit des seconds ballons suite à d’éventuelles frappes contrées. L’ex-joueur de la Roma n’était d’ailleurs pas loin de mettre la théorie en pratique, mais Alexander Schwolow s’est une nouvelle fois montré plus vif.

schick
Crédits photo : Reuters

Quel a été l’impact des cirsconstances ?

Difficile de dire si l’absence de supporters et le contexte sanitaire ont réellement dicté l’issue de la rencontre. Evidemment, le silence des tribunes – si rare en Bundesliga – a quelque peu pesé sur le match, surtout dans la foulée de l’ouverture du score de Fribourg, où les hôtes auraient bien eu besoin d’un peu de ferveur. Idem en ce qui concerne la fin de rencontre, où les joueurs puisent presque systématiquement leurs dernières forces grâce à l’élan populaire, pour repartir au charbon.

red bull arena vide
Crédits photo : RBLeipzig_EN

Cependant, il ne faut pas oublier que le RBL arrivait bien préparé : le club avait plutôt été épargné par le virus, ce qui avait permis aux joueurs de se maintenir dans le rythme. Le patron de l’écurie, Oliver Mintzlaff, avait d’ailleurs été l’un des rares à se prononcer en faveur d’une reprise dès le 15 mai, ayant conscience que son équipe serait compétitive.

Par ailleurs, l’absence de supporters ne touche pas que le club qui reçoit, et quand on connaît les caractéristiques du SC Fribourg, particulièrement inspiré par la ferveur dans les tribunes pour livrer bataille sur le terrain, on comprend que ce sont les deux formations qui ont été désavantagées aujourd’hui.

En ce qui concerne le protocole sanitaire, il n’a sans doute pas eu un impact si élevé, les deux entraîneurs s’étant rapidement débarrassés de leurs masques respectifs. C’est peut-être du côté du banc de touche que la différence s’est le plus faite ressentir, les joueurs étant séparés les uns des autres et contraints de porter un masque. De quoi les isoler du reste du collectif et peut-être, pour certains, nuire à leurs capacités à briller dès leur entrée en jeu.

Mais, une fois encore, ce n’est que spéculation, et il sera très enrichissant d’entendre les témoignages des différents acteurs du football allemand à l’issue de cette 26ème journée qui restera malgré elle dans les annales.

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