Les leçons tactiques du Klassiker10 min read

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En s’imposant pour la deuxième fois de la saison face au Borussia Dortmund, le Bayern se rapproche encore un peu plus d’un huitième sacre consécutif en Bundesliga.

Pourtant, le début de match des hommes de Lucien Favre laissait présager une soirée délicate pour le RekordMeister, qui a une fois de plus fait preuve d’expérience et de sérieux pour l’emporter sur le score de 1-0.

Décryptage d’une rencontre qui a déjà un goût de sacre.

Compo BVB
Compo Bayern

Dortmund regrettera la première période

C’est le pied au plancher que les hommes de Lucien Favre ont débuté la rencontre, prenant rapidement le dessus tactiquement sur le Bayern. Une situation quelque peu contradictoire avec les propos d’avant-match tenus dans les rangs du BVB, qui insistaient sur la nécessité de “prendre match après match”.

Le leader de la Bundesliga s’est ainsi retrouvé pris à la gorge d’entrée, avec plusieurs situations chaudes à gérer lors du premier quart d’heure. Surtout, la mécanique de son dauphin était particulièrement bien huilée, dans la continuité du rééquilibrage apporté par Lucien Favre depuis plusieurs semaines.

Sa recette ? Un bloc moins disloqué, plus compact en phase défensive, et une volonté d’étirer le jeu vers les pistons (Hakimi et Guerreiro) sur les phases de relance, afin de se défaire facilement du pressing adverse.

Peu habitué à voir son pressing aussi inefficace, le Bayern Munich a ouvert des brèches dans sa propre défense, surtout dans le half-space situé entre David Alaba et Alphonso Davies, la jeune pépite canadienne commettant encore quelques erreurs dans son placement.

Le positionnement intelligent de Julian Brandt entre les lignes adverses ajouté à la bonne faculté des trois centraux du BVB à renverser le jeu côté opposé ont donc fait quelque peu souffrir les visiteurs qui, fort heureusement, avaient les jambes pour répéter les contre-efforts à forte intensité.

Car parallèlement, les phases de possession du champion en titre étaient plus stériles qu’à l’habitude, rappelant pendant un moment les difficultés rencontrées dans ce secteur de jeu sous l’ère Niko Kovac. L’absence du virtuose Thiago s’est faite ressentir, lui dont les contrôles orientés et la technique balle au pied permettent souvent à son équipe de déstructurer les blocs regroupés.

Le portrait que l’on dresse de ce début de Klassiker est donc plutôt flatteur à l’égard du BVB, et pourtant, c’est bien en première période qu’a été inscrit l’unique but de la rencontre (Joshua Kimmich, 43′).

Petit à petit, les coéquipiers de Roman Bürki, pas exempt de tout reproche sur le but, se sont déconcentrés. Moins précis dans leur plan de jeu, à l’image de ces nombreuses transversales manquées ; moins lucides sur les situations défensives, à l’image de ces relances plein axe, ils ont tendu le bâton pour se faire battre, puisque c’est finalement sur une inspiration géniale que Joshua Kimmich a débloqué le compteur.

Le coaching perdant de Lucien Favre

Une première période frustrante pour le Borussia, donc, mais également porteuse d’espoir tactiquement. On s’attendait alors à les voir repartir sur les mêmes bases dès le début de la seconde période, histoire de profiter des brèches intérieures dans les zones Pavard-Boateng et Davies-Alaba.

Seulement voilà, la sortie de Julian Brandt au profit de Jadon Sancho n’aura pas porté ses fruits. Le jeune anglais, qui n’a pas le même profil de joueur entre les lignes que son coéquipier allemand, a déçu. Pas suffisamment impliqué, comme semble lui reprocher depuis un moment son entraîneur, le meilleur passeur du club n’a pas fait honneur à son statut de joker de luxe.

En deuxième mi-temps, le Bayern a ainsi été bien moins mis en danger, et a pu contenir plus facilement les offensives adverses. Ni Sancho, ni Hazard ne sont parvenus à proposer ce que Julian Brandt fait de mieux, à savoir se rendre disponible entre les lignes sur des schémas de passes verticales pour mettre à mal la structure adverse. Davantage dans la percussion balle au pied, les deux ailiers du Borussia ne pouvaient espérer grand chose face à la vitesse de Davies et la rigueur défensive retrouvée par le Rekordmeister sous Hansi Flick, à l’image d’un Jérôme Boateng revenu à un niveau très intéressant.

Progressivement, les hommes de Lucien Favre ont laissé transparaître des failles mentales, se montrant moins impliqués, presque têtes baissées alors que le match était loin d’être plié, surtout si l’on se fie aux expected goals.

Un Bayern plein de sérieux et d’humilité

Evidemment que le Borussia pourra nourrir des regrets au vu de son bon début de match et de son plan de jeu initial, mais il convient aussi de souligner la prestation très appliquée d’un Bayern serein.

Les hommes d’Hansi Flick on su remettre les pendules à l’heure après vingt premières minutes compliquées. Tous impliqués dans le contre-effort et dans le repli défensif, à l’image d’un Robert Lewandowski qui aura certes été moins en vue offensivement mais qui s’est une fois encore mis au service du collectif, les Bavarois ont quadrillé avec beaucoup d’intelligence l’ensemble du terrain.

Le club a tenu son rang, grâce notamment à l’état d’esprit irréprochable de ses cadres. Joshua Kimmich, du haut de ses 25 ans, a décanté la situation sur une inspiration géniale, et n’a cessé de harceler ses adversaires au milieu de terrain. Le capitaine, Manuel Neuer, s’est montré intraitable dans ses cages. Thomas Müller, fidèle à son style, a également tout donné dans ses courses et dans ses déplacements, afin de désorienter comme souvent ses adversaires.

Le plus bel exemple de la réussite d’Hansi Flick reste sans aucun doute le net regain de forme affiché par Jérôme Boateng, qui n’a plus grand chose à voir avec celui de l’ère Niko Kovac. Plus affûté, et surtout beaucoup plus concerné, il forme une charnière aussi solide que complète avec son compère David Alaba, leurs qualités de relanceur étant nettement supérieures à la normale à ce poste.

A l’arrivée, c’est donc surtout la préparation mentale du Rekordmeister qui est à souligner sur ce match, qui montre une fois encore que la tactique ne fait pas tout dans le football.

Une démonstration physique

Ceux qui avaient encore des doutes sur la condition physique des joueurs du Bayern suite à cette interruption inédite les ont vite vu s’envoler hier.

Infatigables, les coéquipiers de Thomas Müller ont répété les courses à haute intensité, notamment en première période, face à une formation du BVB qui avait clairement décidé d’étirer le jeu dans la largeur. Si la stratégie était d’épuiser les munichois, elle s’est avérée un échec cuisant.

Emmenés par un Joshua Kimmich transcendé, qui a parcouru un total hallucinant de 13,73 kilomètres sur l’ensemble de la rencontre (un record pour un joueur du Bayern depuis que ce genre de données sont collectées), les champions en titre ont fourni un gegenpressing continu tout au long de la rencontre, jusqu’au coup de sifflet final.

Le plus marquant sur ce match reste que ce pressing est encore perfectible : durant la première période, le BVB s’est assez aisément défait de ce dernier, en trouvant des renversements intelligents sur les côtés, ou bien des circuits de relances axiales vers Julian Brandt.

Mais là où le Bayern a fait la différence, c’est dans la capacité à maintenir un contre-effort même après des phases de pressing ne menant pas à la récupération du ballon. Leon Goretzka et Joshua Kimmich ont rempli à merveille leur rôle d’essuie-glace, pendant qu’Alphonso Davies se servait à raison de sa vitesse pour compenser les éventuels surnombres des Jaunes et Noirs.

La préparation physique effectuée par le club durant ce contexte plus qu’incertain lié au coronavirus est donc à souligner, mais c’est aussi la bonne volonté des joueurs qui permet aujourd’hui au Bayern de se rapprocher d’un nouveau sacre.

Leon Goretzka en est peut-être l’exemple le plus poignant : sa prise de masse a été assez spectaculaire, et il s’installe de plus en plus comme un indéboulonnable box-to-box de cette formation.

De son côté, Robert Lewandowski déclarait lui-même que le confinement lui avait permis de pratiquer des exercices physiques pour lesquels il n’avait pas le temps auparavant, et ainsi de reprendre la saison encore plus affûté.

Au final, c’est peut-être l’un des aspects majeurs à retenir de ce Klassiker à huis clos, à savoir la nette différence de condition physique entre les deux formations, qui a sans aucun doute pesé sur le résultat final.

Et, par conséquent, sur l’issue de la saison.


Crédits photo de couverture : Manuel Hoster – Unsplash

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