Lozère : l’opposition au repas végétarien imposé par la loi8 min read

Lozère : l’opposition au repas végétarien imposé par la loi8 min read

Le 7 janvier dernier, France 3 a publié un court article de C. Alazet et L. Le Piver sur la Lozère, accompagné d’une petite vidéo. Le sujet ? La résistance du monde agricole à l’imposition par l’état français d’un repas végétarien dans les cantines scolaires. Décryptage.

La Lozère fait de la résistance

Dans la vidéo de France 3, on commence par nous présenter la cantine de Malbouzon, petite école de l’Aubrac en Lozère, où les enfants profitent de leur steak haché frites. Jusque-là, tout va encore bien. Le propos devient gênant lorsque l’on nous dit qu’il est impossible d’envisager, pour le maire de la ville et globalement pour les cantines alentours, d’instaurer un menu végétarien. Celui-ci est pourtant imposé par la loi depuis le 1er novembre 2019.

Plusieurs arguments sont présentés : préservation du patrimoine de Lozère, facilité… Les protagonistes tentent également l’argument santé et l’argument écologique, ce qui, nous le verrons par la suite, semble plutôt à côté de la plaque.

L’argument santé

C’est quand même compliqué parce que [les enfants] arrivent le soir, ils goûtent, ils vont faire un petit souper qui, souvent l’hiver, est de la soupe avec un laitage, donc si on ne leur offre pas de la viande à midi, ou un poisson, ils vont passer des journées entières sans manger de protéines”.

Voilà ce qu’en dit le maire, par ailleurs lui-même éleveur de bovins. Cocasse. N’est-ce pas le début d’un conflit d’intérêts ?

Premier problème : les protéines se trouvent-elles seulement dans la viande ? Non. Par ailleurs, le menu végétarien imposé par l’état ne concerne qu’un repas par semaine.

Or, personne ne souffre de carences en protéines à cause d’un repas sans ces dernières (consulter l’article sur nos choix alimentaires, tout y est expliqué) et il serait même conseillé par les scientifiques et professionnels de la santé de ne pas manger de viande tous les jours. Pour ma part, je n’ai jamais entendu dire que les Hindous avaient de graves problèmes de santé, et pourtant, ils sont bien végétariens…

Pour la santé des enfants, on repasse donc une autre fois.

L’argument écologique

C’est au tour de monsieur Julien Tuffery, vice-président de la Chambre d’agriculture, de prendre la parole. Pour lui, il est tout simplement plus écologique de manger de la viande locale que des végétaux importés, notamment le soja du Brésil.

Cette intervention me gêne profondément et ce pour plusieurs raisons.

1. La viande n’est tout simplement pas un produit écologique.

Ce qui est sous-entendu ici, c’est que manger des végétaux ne serait donc pas écologique… Mais attendez une seconde, rembobinons : une vache consomme autant de litres d’eau par jour qu’un éléphant, mange énormément et relâche des gaz à effet de serre.

On estime qu’un kilo de bœuf nécessite 13 500 litres d’eau pour être produit. En comparaison, il ne faut que 590 litres pour produire un kilo de blé. Avec 3 à 10 kilos de végétaux, on produit 1 kilo de viande (seulement). La nourriture que les animaux avalent et l’eau qui leur a permis de vivre constituent plusieurs repas qui aurait pu aller directement dans le ventre des enfants sans transiter par les intestins d’une vache, non ?

Par ailleurs, la viande d’un porc peut fournir 200 repas, mais il en consomme 3000. Pas besoin d’être un génie pour comprendre qu’un repas végétarien serait bien plus écologique.

2. Et les végétaux ?

Ce monsieur explique que la Lozère est productrice de viande et que c’est donc le meilleur aliment local à consommer. Mais la Lozère et les départements proches ne produisent-ils aucun produit végétal localement ? Dans ce cas-là, nous serions en droit de nous inquiéter.

3. L’hypocrisie ou le rejet de la connaissance

Il faut quand même être sacrément hypocrite pour parler de soja brésilien lorsque l’on sait que l’élevage est responsable de 80% de la déforestation en Amazonie. Le soja qui est produit au Brésil est en effet destiné majoritairement aux animaux et non à la consommation humaine. Finalement, on aimerait bien savoir ce qu’ils donnent à manger à leurs bêtes, les éleveurs de Lozère.

4. La réduction du végétarisme

Pour revenir sur l’argument du soja, cela démontre pour la deuxième fois du reportage que les protagonistes sont un peu étriqués. Comment peut-on réduire le végétarisme au soja ? On peut être végétarien et vivre sans. Je ne parle même pas de végétalisme…

France Bleu s’y met aussi

Le 18 janvier c’est au tour de France Bleu de publier un article sur la Lozère par Saïd Makhloufi. Le sujet est exactement le même, à la différence qu’il concerne un autre village : Rieutort-de-Randon.

Dès la troisième phrase, nous repartons dans un registre très spécial : “Les deux hommes sont des amoureux des bêtes et de leurs chairs“. Pas besoin de commenter.

On mange de la viande midi et soir et tous les jours, avant j’en mangeais même le matin, ajoute Jean-Baptiste. Sans ça, on ne tiendrait pas le coup toute la journée au travail“. Donc encore une fois, les protagonistes ne semblent pas avoir connaissance de la nutrition moderne.

Un raté pour le local

Annie, la cantinière, poursuit : “moi, le végétarien je suis contre, surtout ici en Lozère, on a de la très bonne viande, plutôt que le végétal, il faut privilégier les produits locaux“. Pourtant, l’auteur de l’article de France Bleu a pris soin de prendre une photographie du menu de la semaine. Que voit-on vendredi ? Du colin d’Alaska ? Très local…

Le menu végétarien trop cher ?

A Barjac, Jean-Luc, le cantinier, va tenter de mettre en place son 1er menu végétarien. Il prépare un chili au haricots rouges, produit importé. Il explique, “le menu végétarien est le repas le plus coûteux de ma semaine“.

On voudrait bien croire que c’est une bonne excuse pour ne pas instaurer de repas végétarien au profit de la viande locale, produite par le voisin dans son petit élevage de plein air. Sauf que si on réfléchit un instant, on devrait quand même se poser quelques questions sur la viande utilisée : si elle coûte plus cher que les haricots rouges, on ne va pas me convaincre que la viande provient du petit éleveur et ses 20 vaches. Mais que souhaite-t-on pour nos enfants ? Veut-on les nourrir de viande industrielle pleine d’antibiotiques ? Ou préfère-t-on investir dans des produits de qualité?

Finalement, on nous présente des petits agriculteurs en galère pour après ne pas dire que ce sont les éleveurs industriels (ceux qui détruisent les petites fermes familiales) qui approvisionnent la cantine…

Le menu végétarien anti-démocratique ?

Un autre parent de l’école est contre le menu végétarien “il ne faut pas imposer les choses. Je trouve que faire une loi pour cela est ridicule“.

Alors, ce qui est ridicule, c’est que nous soyons aujourd’hui obligés d’adopter une loi pour forcer les cantines à nourrir correctement les enfants et à leur offrir une option saine. En plus, cette loi n’est même pas respectée !

Les végétariens se plaignent-ils du fait qu’ils ne peuvent aller à la cantine qu’une fois par semaine ? Non, ils s’adaptent. Que dire sur les régimes halal et casher, ne sont-ils pas aussi exclus ? Imposer la viande à tous les repas, c’est plutôt ça qui est problématique. Si les repas végétariens avaient lieu plus souvent, la cantine serait un lieu bien plus inclusif.

Pour conclure

La résistance au repas végétarien par semaine est ridicule. Nous sommes en 2020 et c’est désormais connu qu’un repas végétarien est plutôt positif. Après tout, nous ne parlons que d’un repas, et pas non plus de végétalisme. Lorsque le lait était imposé dans les cantines après la guerre, personne n’a râlé ? Pourtant, ce n’était pas spécialement bon pour la santé, ni pour l’environnement, ni éthique. Laissons donc tranquille leur seul repas aux végétariens.

Ce genre de reportage désinforme complètement. Les journalistes montrent la campagne comme un lieu peuplé d’ignares et d’arriérés et laissent complètement de côté les vrais enjeux.

A un moment, le maire de Malbouzon explique qu’il voit dans le régime végétarien “une menace pour l’activité agricole, essentielle à la vie de l’Aubrac, une terre d’élevage déjà faiblement peuplée“.  Voilà où est le vrai sujet. Pourquoi ne pas plutôt faire un reportage sur les problèmes que rencontrent les agriculteurs d’aujourd’hui ? Sur leur manque d’aide pour suivre les avancées modernes ? Ou le dépeuplement des campagnes, l’abandon de la ruralité ? Cela aurait été bien plus intéressant.


Crédits photo de couverture : Alexandre Podvalny


Sources:

https://france3-regions.francetvinfo.fr/occitanie/lozere/mende/cantines-lozere-resistent-aux-menus-vegetariens-imposes-loi-1771273.html

https://www.francebleu.fr/infos/societe/en-lozere-la-viande-est-sacree-1579190312?xtmc=loz%C3%A8re&xtnp=1&xtcr=1

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