Municipales 2020 : quels enseignements tirer de ce premier tour si particulier ?10 min read

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C’est officiel depuis hier soir, le second tour des élections municipales de 2020 est reporté et les résultats du premier tour sont sanctuarisés. En pleine pandémie de Coronavirus, ce scrutin était très particulier comme indiqué par Lila Charvet dans son article sur les résultats principaux des municipales (que vous retrouverez ici). Il est fort logique de constater le fort taux d’abstention pour ces élections municipales de 2020 : 55,25 %, un record ! Nous allons faire le point sur les principaux points chauds de ce scrutin et en décrypter les résultats.

À Paris, mission quasi impossible pour Rachida Dati

À Paris, la maire sortante, Anne Hidalgo (PS-PCF) arrive en tête avec 30,2 % des voix, devant la candidate Les Républicains, Rachida Dati, qui recueille 22 % des suffrages exprimés, Agnès Buzyn (LREM) termine troisième avec 17 % des voix. Le score de Madame Buzyn est conforme à ceux évoqués dans les sondages au cours de cette campagne électorale. La surprise vient de la percée d’Anne Hidalgo, alors que Rachida Dati la devançait dans certains sondages récents. Une alliance avec le candidat EELV, David Belliard (11 %) devrait assurer une victoire à Anne Hidalgo, même si la participation des séniors au second tour pourrait faire remonter le score de Rachida Dati. Une défaite de la candidate socialiste au second tour peut s’apparenter à une gageure, même si une nouvelle campagne démarrera. Néanmoins, Paris est une ville difficilement prenable pour la droite, car elle est très ancrée à gauche, avec ses quartiers qualifiés de « bobos ». Le faible score des écologistes laisse songeur, car la sociologie électorale dans la capitale constitue un terreau fertile pour les idées d’EELV.

Rachida Dati, candidate LR à Paris
Crédits Photo : http://youtube.com

Un billard à trois bandes dans la cité Phocéenne

Ville de Marseille
Crédits Photo : http://youtube.com

À Marseille, la situation est serrée entre trois listes : La Gauche unie (PS-PCF-FI) arrive en tête avec 23,4 %, devant LR qui obtient 22,3 % et le RN à 19,4 %. La succession de Jean-Claude Gaudin est, comme prévu, très disputée et incertaine. Nous pouvons constater la renaissance de la Gauche, qui démontre qu’elle n’est pas morte et, dans le même temps, le RN prouve ses limites à surfer sur son très bon score des élections européennes. Pour Les Républicains rien n’est perdu, car Bruno Gilles, candidat LR dissident, peut faire basculer le scrutin. Avec le report du second tour, les tractations vont démarrer ; elle seront âpres et longues. Mais si Bruno Gilles décidait de rallier la dauphine de Jean-Claude Gaudin, Martine Vassal, cela annoncerait un duel très indécis entre la Gauche et la Droite.

L’ascension écologiste dans les grandes métropoles

Logo EELV
Crédits Photo : https://eelv.fr/

Les Verts restent sur leur dynamique acquise lors des dernières élections européennes, et sur la vague de manifestations en faveur du climat. À Grenoble et à Lyon, les candidats EELV sont arrivés en tête. Le maire sortant de la préfecture Iséroise, Éric Piolle, devance très nettement l’ancien maire RPR, Alain Carignon (DVD, 20,5 %), avec 44 % des voix. Dans le Rhône, les listes de Grégory Doucet sont en première position à l’échelle de la ville de Lyon, avec 28,46 % des voix, loin devant la liste LR d’Étienne Blanc qui recueille 17,01 % des voix. La surprise vient de la liste LREM, pourtant soutenue par le maire sortant Gérard Collomb, qui n’obtient que 14,9 %.

À Strasbourg aussi, la vague verte bat son plein. La candidate EELV, Jeanne Barseghian, avec 27,87 % des voix, peut légitimement espérer succéder au maire sortant, Roland Ries. Elle devrait avoir face à elle, trois autres listes : LREM (19,86 %), PS (19,77 %) et LR (18,26 %). La polarisation des voix entre les listes LREM, PS et LR, et le bon score du premier tour annoncent théoriquement la victoire d’EELV à l’issue de ces élections municipales. Cap sur le Sud-Ouest à présent, car à Bordeaux aussi les Verts réalisent un excellent score. Avec 34,38 % des voix, Pierre Hurmic talonne le maire sortant LR, Nicolas Florian et ses 34,55 %. Cela présage d’un second tour très serré et palpitant, car l’homme qui a la clé du scrutin se nomme Thomas Cazenave, candidat LREM. En effet, le Premier ministre, Édouard Philippe, a déjà annoncé qu’il ne voulait pas voir la ville qui a porté aux nues Alain Juppé basculer dans l’escarcelle des écologistes. Enfin, dans les Hauts-de-France, Martine Aubry (24,85 %) est également au coude à coude avec la liste EELV, menée par Stéphane Baly (21,86 %).

Du côté de la majorité

Plusieurs poids-lourds de la majorité présidentielle ont été confortés au premier tour. Nous pouvons citer, le candidat du Modem, François Bayrou, qui est en bonne posture à Pau pour prolonger son mandat, avec 45,83 % des voix. Le ministre de l’Action et des Comptes publics, Gérald Darmanin, est réélu à Tourcoing avec 60,88 % des voix. Édouard Philippe quant à lui, est en ballotage favorable avec 43,59 % des voix, devançant le communiste Jean-Paul Lecoq (35,87 %), qu’il affrontera en duel au second tour. Le risque pour le Premier ministre : la constitution d’un front « anti-Philippe » dans l’entre-deux tours.

Les Républicains en tête à Toulouse et Nice; Baroin réélu au premier tour

Logo Les Républicains
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Le maire LR sortant de Toulouse, Jean-Luc Moudenc, soutenu par LREM, distance ses concurrents avec 36,1 % des voix. Sur la Côte d’Azur, Christian Estrosi, candidat LR, frôle la réélection dès le premier tour avec 46,62 % des voix. Sa réélection est toutefois assurée, car ses concurrents, Philippe Vardon (RN, 16,7 %) et Jean-Marc Governatori (EELV, 11,3 %) ne pourront pas peser sur le second tour et aucune alliance n’est possible entre ces deux candidats. En ce qui concerne François Baroin, grand favori pour représenter Les Républicains à la prochaine élection présidentielle, il est réélu dans sa ville de Troyes, avec 66,78 % des voix.

Le Rassemblement National consolide son ancrage dans certains territoires

Les candidats RN ont réalisé de très bons scores ou ont été réélus dès le premier tour, dans leurs bastions. Tout d’abord à Perpignan, ville la plus convoitée par le parti de Marine Le Pen, où son ex-compagnon Louis Aliot décroche la première place avec 36 % des voix, devant le maire LR sortant, Jean-Marc Pujol (18,8 %). Louis Aliot imaginait sans doute un score un peu plus élevé, mais compte tenu du contexte, c’est un bon résultat qui confirme que l’arc méditerranéen ou l’axe de l’A9, « l’arc de crise » comme le souligne le politologue Jérôme Fourquet, est désormais une terre où le RN est bien implanté.

Toujours dans l’ex-région Languedoc-Roussillon, le maire sortant de Béziers, Robert Ménard, est plébiscité avec 68,74 % des voix, même si c’était attendu. Autres maires sortants du sud de la France qui sont réélus dès le premier tour : David Rachline à Fréjus (50,60 %) et Julien Sanchez à Beaucaire (59,51 %). Même situation pour Steeve Briois (74,21 %) à Hénin-Beaumont dans le Pas-de-Calais, et pour Fabien Engelmann (63,14 %) à Hayange en Moselle. En revanche, le RN connaît des déconvenues dans Nord : à Denain, où le député Sébastien Chenu est battu (30,68 %) et à Calais, où la liste comprenant Marie-Caroline Le Pen (17,9 %), la soeur de Marine Le Pen, est défaite par la maire LR sortante, Natacha Bouchart, élue dès le premier tour.

Bilan

Nous avons assisté au sursaut des partis dits traditionnels (PS et LR), avec la renaissance du Parti Socialiste dans plusieurs villes, lui qui était annoncé en mort cérébrale depuis 2017 ; et le réveil de LR, après un très mauvais résultat aux élections européennes de 2019. Non, ces deux partis ne sont pas morts, n’en déplaise à Jupiter.

Le RN s’essouffle, ou du moins, ne grappille pas de terrain en France, comme l’espérait Marine Le Pen. Le RN reste fort sur ses terres électorales, notamment sur ce fameux « axe de l’A9 », l’axe des oubliés, et tant qu’aucune mesure ne sera prise en faveur de ces territoires, ils resteront acquis au parti de Madame Le Pen. Nonobstant ces scores au Sud, le RN connaît des déconvenues dans l’un de ses bastions, les Hauts-de-France. Les électeurs acquis grâce à la rhétorique et au travail de sape de Florian Philippot à destination des ouvriers peuvent-ils s’envoler si le RN se recentre sur son discours historique (immigration, sécurité) ? Il est trop tôt pour le dire, mais les prochaines échéances électorales permettront de voir si l’existence des « deux RN », celui du Sud et celui du Nord, va perdurer, ou si celui du Nord va lentement s’éroder.

À travers le vote écologiste, nous constatons que bon nombre de nos concitoyennes et concitoyens prennent au sérieux les questions environnementales et souhaitent changer les choses, pour enrayer le dérèglement climatique. Cela démontre aussi la volonté de transformation des grandes métropoles, pour créer la ville de demain : végétalisée, avec davantage de pistes cyclables, un centre-ville réservé aux piétons et aux vélos, moins de pollution.

Quant à la France Insoumise, hormis le score obtenu à Marseille (et encore, il s’agit d’une union de la Gauche), elle est en totale déliquescence. Un chiffre démontre qu’entre 2017 et aujourd’hui, le parti de Jean-Luc Mélenchon connaît une véritable bérézina. Lors du premier tour de l’élection présidentielle de 2017, Jean-Luc Mélenchon était arrivé en tête à Montpellier avec 31,46 % devant Emmanuel Macron (24,69 %) avec près de 75 % de participation. Pour ces Municipales, Alenka Doulain, soutenue par la France Insoumise, ne recueille que 9,25 % des voix et termine même derrière Rémi Gaillard (9,58 %) ! Alors que Montpellier est une ville qui vote à gauche depuis plusieurs années, jeune et dont la sociologie constitue un terrain favorable aux idées de Mélenchon. Il faudra pour les Insoumis se réinventer dans le futur, sous peine de devenir un parti de second rang. Quant à la majorité présidentielle, ses résultats sur l’ensemble du pays sont disparates, et cela reflète sûrement le climat de défiance des françaises et des français à l’égard d’Emmanuel Macron.

Alexandre de Carlo Devic

Crédits photo de couverture : http://www.alpes-de-haute-provence.gouv.fr/Politiques-publiques/Citoyennete-Elections/Elections/Elections-municipales-2020

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