Comment Nagelsmann a fait passer un cap à Leipzig9 min read

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C’était la grande question qui se posait sur toutes les lèvres en Allemagne à l’intersaison : Julian Nagelsmann allait-il parvenir à importer à Leipzig sa recette du succès, après plusieurs saisons remarquables à la tête du TSG Hoffenheim ?

Plusieurs mois après, la réponse est un “oui” général, et à vrai dire, peu sont ceux qui en doutaient. Le jeune technicien allemand de 32 ans n’en finit plus d’impressionner par sa maturité dans sa précocité, en témoigne dernièrement son succès tactique sur le Tottenham d’un José Mourinho dépassé, comme un symbole.

Seul le coronavirus, en entraînant la suspension provisoire des compétitions footballistiques, est pour le moment parvenu à le stopper. L’occasion pour nous de nous attarder un peu plus sur le conte de fées qui est en train de s’écrire du côté de la Saxe.

La mayonnaise ne pouvait que prendre

S’ils étaient si nombreux à prédire une réussite totale à Julian Nagelsmann dans son nouveau club, c’est en grande partie parce que le RB Leipzig présente beaucoup de points communs avec le jeune entraîneur allemand. Institution récente, en développement, le club de la Saxe présentait un style de jeu totalement compatible avec les idéaux de Nagelsmann.

En effet, dès son accession à la Bundesliga en 2016, le RBL s’est distingué par une intensité élevée et un pressing constant, deux convictions du coach de l’époque, Ralph Hasenhüttl, partagées par Julian Nagelsmann.

Ce dernier le dit lui-même : sa philosophie de jeu repose sur une récupération rapide du ballon, avec pour objectif, dans la foulée, d’accélérer le jeu via des transitions rapides vers l’avant.

Cela tombe bien, puisqu’à Leipzig, le profil des joueurs est plus que compatible avec cette idéologie. Un effectif large, des joueurs habitués à répéter les courses à haute intensité et dotés de qualités athlétiques, de la polyvalence… Tous les ingrédients étaient donc réunis pour que Nagelsmann parvienne à imprimer sa patte dans son nouveau club.

Polyvalence maximale

Le jeune technicien allemand n’a pas tardé à transformer ses joueurs en véritables couteaux suisses. Pourtant, certains l’étaient déjà avant son arrivée. On peut penser aux deux latéraux, Lukas Klostermann et Marcel Halstenberg, capables d’évoluer en tant que pistons dans un système à trois, tout comme latéraux dans une défense à quatre.

Nagelsmann a élargi encore davantage leurs facultés, en les positionnant également tous les deux dans une défense à trois, comme ce fut le cas face à Tottenham. Un bon moyen pour gagner en gestion de la profondeur, les deux joueurs étant par nature véloces.

Tottenham vs Leipzig
Composition de Leipzig lors du retour face à Tottenham

Sabitzer est lui devenu la pièce maîtresse du système de Leipzig : c’est l’homme à tout faire. Ses statistiques individuelles ont explosé, et elles ne résument que partiellement ce qu’apporte le joueur à l’ensemble de l’effectif, grâce à ses efforts défensifs considérables et à son pressing de qualité.

Alors que beaucoup d’observateurs estimaient que l’international autrichien avait atteint son plafond de verre, ce dernier leur a prouvé le contraire. Car s’il y a bien une chose que Julian Nagelsmann sait faire, c’est repousser encore un peu plus haut les limites des joueurs qu’il entraîne.

On a pu l’observer de manière encore plus flagrante avec Christopher Nkunku. Arrivé cet été en provenance du PSG, où il stagnait, le jeune français s’est adapté dans un temps record, au point de devenir titulaire indiscutable aux yeux de son nouveau coach, dans un rôle d’électron libre (souvent derrière les deux attaquants Werner et Schick). Une progression là-encore pas anodine, puisqu’il a ainsi repoussé un cador de l’équipe, Emil Forsberg, sur le banc des remplaçants.

L’exemple de Nkunku illustre une force chez Nagelsmann, à savoir cette capacité à tirer rapidement le meilleur d’un joueur, à le polir afin de le rendre encore plus polyvalent, encore plus fort. Un véritable travail de sculpteur.

Meilleurs dans l’utilisation du ballon

Courir, c’est une chose. Mais tenir le rythme sur 90 minutes, c’en est une autre. Si Leipzig présentait déjà d’impressionnantes qualités athlétiques avant l’arrivée de Nagelsmann, l’équipe manquait encore de savoir-faire dans la gestion du ballon et des temps de possession.

C’était donc l’une des premières missions confiées au jeune entraîneur allemand, et on peut dire qu’il n’a pas tardé. Dès ses premières rencontres de championnat au mois d’août, le RBL avait déjà franchi un palier dans sa capacité à mieux gérer ses temps faibles, ainsi qu’à ralentir le tempo pour gérer son avantage au score. Un savoir-faire nécessaire pour tenir jusqu’au bout de la saison, sur les différents tableaux.

Il faut dire que déjà, quand Nagelsmann entraînait le TSG Hoffenheim, on sentait que son équipe était capable de tenir le ballon, malgré un déficit technique chez certains joueurs. Cela rejaillissait notamment à travers le rôle du gardien de but, Oliver Baumann, alors premier relanceur de son équipe. Un rôle que le portier de Leipzig, Peter Gulácsi, n’a pas tardé à enfiler également.

Surtout, Nagelsmann peut s’appuyer sur des défenseurs-relanceurs de qualité dans son nouveau club, à savoir principalement les deux français Dayot Upamecano et Ibrahima Konaté. Dotés d’une bonne vista, les deux ont vraiment progressé sous les ordres de leur nouveau coach, et sont désormais régulièrement en mesure de casser les lignes adverses avec un jeu de passes vertical.

Si Nagelsmann n’est pas aussi ancré dans un idéal de possession qu’un certain Pep Guardiola, il y attache toutefois beaucoup d’importance. On retrouve chez lui, comme chez le technicien catalan, cette faculté à rapidement faire comprendre à ses joueurs comment attirer le pressing adverse afin de libérer de l’espace pour l”homme libre”, et ainsi progresser vers l’avant.

Nagelsmann sait aussi être pragmatique quand il le faut : ne pas avoir le ballon n’est pas un problème pour lui, tant que son équipe n’est pas trop mise en danger et défend avec intelligence. Ce profil d’entraîneur complet et ouvert, qui colle d’ailleurs à sa philosophie de jeu, rend ses équipes parées à toute éventualité.

Flexibilité tactique

A l’intersaison, beaucoup d’observateurs se demandaient si Julian Nagelsmann allait importer son système fétiche qui avait tant marché à Hoffenheim, à savoir son 3-4-3. La tendance était au “oui’, quand on connaît les convictions du jeune tacticien ainsi que la compatibilité de ce système de jeu avec le profil des joueurs de Leipzig.

Mais Nagelsmann a accepté le changement, montrant ainsi qu’il sait s’adapter à différents systèmes hybrides. Il faut dire que depuis son accession à la Bundesliga en 2016, le RBL s’était rapidement stabilisé dans un 4-4-2 à plat, sous Hasenhüttl puis sous Rangnick.

Leipzig a donc jonglé, depuis le début de la saison, entre un 3-4-3 et un 4-4-2, souvent même en cours de match d’ailleurs. La bonne maîtrise des deux systèmes permet souvent à ses joueurs de prendre le dessus sur leurs adversaires, d’autant plus que la transition entre les deux nécessite rarement un remplacement, les joueurs étant polyvalents.

Leipzig Dispositif 4-4-2
Du 4-4-2…
Leipzig Dispositif 3-4-3
… au 3-4-3

En tout cas, Nagelsmann a réussi à importer l’essence du style de jeu qui caractérisait Hoffenheim, à savoir la verticalité dans le jeu de passes. Les offensives du RBL sont ainsi rarement stériles : l’axe est densifié, permettant ainsi des redoublements de passes en avançant, et les côtés sont libérés pour des latéraux véloces comme Angelino par exemple.

Au coeur de la “hype” Nagelsmann : un management moderne et dynamique

S’il a beau se faire remarquer en Allemagne depuis plusieurs saisons déjà, il faut cependant rappeler que Julian Nagelsmann n’a que 32 ans ! Il opère donc dans un vestiaire où certains cadres sont plus âgés que lui, ce qui peut surprendre, surtout en France.

Mais justement, Nagelsmann a su jusque-là se servir de cette jeunesse pour nouer un véritable lien de confiance avec son effectif. Cela ne l’empêche pas pour autant de dégager une certaine aura, bien au contraire. Très présent sur son banc de touche, il replace constamment ses joueurs, est en constante communication avec eux, comme un 12ème homme sur le terrain. A chaque fin de rencontre, il est le premier à aller féliciter ses joueurs sur la pelouse. Bref, Nagelsmann vit à fond sa profession, qui est avant tout une passion.

Sans filtre, il avouait lui-même il y a quelques années que ses meilleures idées émergent lorsqu’il prend son bain.

Au-delà de son originalité, Nagelsmann se distingue surtout par sa capacité à faire progresser ses joueurs, en les stimulant. Ces derniers ne tarissent d’ailleurs pas d’éloges à son égard, à commencer par Ibrahima Konaté, qui s’est montré très reconnaissant à son égard. En parvenant à maintenir une progression de ses joueurs, par la réflexion et l’entraînement, le jeune technicien s’assure la confiance d’un vestiaire à l’écoute et curieux.

Dans sa jeune carrière, il n’a pas encore été exposé à une phase de crise de confiance au sein de son vestiaire ; et son talent n’y est pas étranger. Maintenant, sera-t-il capable de rester aussi impliqué et positif en cas de cycle de défaites ? Ne risque-t-il pas de se lasser de ce métier d’entraîneur, commencé si tôt ?

Pour l’instant, ces interrogations semblent bien loin des préoccupations de Julian Nagelsmann, qui ne se prend pas la tête. Malgré son ascension foudroyante, il reste fidèle à lui-même. En témoignent ses déplacements vers le centre d’entraînement de Leipzig en skateboard, histoire de rappeler encore un peu plus qu’il n’est décidément pas comme les autres.


Crédits photo de couverture : Steffen Prößdorf – Wikipédia – Attribution-ShareAlike 4.0 International (CC BY-SA 4.0)

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