Novak Djokovic, réputation descendante11 min read

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Crédits photo de couverture : Christian Mesiano – Flickr / Attribution-ShareAlike 2.0 Generic (CC BY-SA 2.0)


La nouvelle est tombée brutalement le 23 juin dernier. Novak Djokovic, numéro 1 mondial de tennis, a été testé positif au Covid-19.

A première vue, une nouvelle importante, certes, mais pas controversée.

Mais cette contamination du joueur serbe s’inscrit dans le contexte d’une compétition caritative organisée par ses soins, à Zadar, en Croatie. Et il est loin d’être le seul participant à avoir contracté le virus. En effet, trois autres joueurs – dont deux du top 40 – ont été testé positifs avant lui.

L’Adria tour : un fiasco à son nom ?

L’organisation de cet événement, dans un contexte de déconfinement plus ou moins progressif à travers l’Europe, partait pourtant d’une bonne intention de la part de Novak Djokovic.

En rassemblant huit joueurs compétitifs, cette tournée dans les Balkans devait générer des fonds pour diverses organisations caritatives actives dans la région.

Mais une fois encore, le Covid-19 a sévi, mettant ainsi précocement un terme à l’événement qui devait initialement se dérouler jusqu’au 5 juillet.

En tant qu’organisateur de ce dernier, Novak Djokovic doit donc, depuis l’annonce de sa contamination, faire face aux critiques de toutes parts lui reprochant négligence et prise de risques.

Il ne faut cependant pas tomber dans le piège du biais de jugement, que l’on a déjà pu observer vis-à-vis de nos dirigeants politiques à l’annonce du confinement pour juguler la pandémie. Les remarques comme « c’était prévisible » ou encore « ils auraient dû anticiper » sont bien évidemment toujours plus faciles a posteriori.

Dans le cas de Novak Djokovic, ces critiques sont tout de même en partie fondées. Car si la situation dans cette partie de l’Europe s’était effectivement améliorée, le nombre de cas atteints du coronavirus ayant fortement diminué, il n’en reste pas moins que le non-respect des mesures barrières par les joueurs et leur staff a été flagrant.

Poignées de main, accolades, voire même regroupements de foules ont été visibles tout au long de ce court Adria Tour, ce qui explique pourquoi le virus s’est si facilement propagé entre les différents participants.

Au final, le « fiasco » est surtout symbolique : les quelques cas ont rapidement été décelés, l’événement annulé, et les joueurs concernés placés en quarantaine.

L’erreur est humaine, mais elle passe moins bien lorsque l’on s’appelle Novak Djokovic et que l’on est numéro 1 mondial de sa discipline.

Plusieurs joueurs sont montés au créneau, interrogés sur le comportement du Serbe.

« Il n’est pas vraiment surprenant que les joueurs et qu’un certain nombre de personnes se soient révélés positifs lorsque vous voyez les scènes qui s’y déroulaient [ …]  Le coronavirus ne se soucie pas de qui nous sommes ni de ce que nous faisons et nous devons le respecter et respecter les règles.”

Andy Murray, ex-numéro 1 mondial

D’autres, comme Nick Kyrgios, ne se sont pas fait prier sur les réseaux sociaux pour critiquer l’homme aux 17 Grands Chelems.

Vers un bouleversement de la suite de la saison ?

C’est la question qui n’a pas tardé à se poser suite à l’annonce des joueurs contaminés par le Covid-19.

Pour rappel, la compétition devait reprendre progressivement cet été, avec en ligne de mire l’US Open, qui doit débuter le 31 août prochain.

Le fiasco de l’Adria Tour vient s’ajouter aux nombreux éléments contraires qui frappent déjà Flushing Meadows. En effet, alors que la situation sanitaire est loin d’être sous contrôle aux Etats-Unis, plusieurs grands noms avaient déjà sérieusement remis en question leur participation à l’événement. Parmi eux, l’Espagnol Rafael Nadal et … Novak Djokovic.

La saison sur terre battue reprenant juste après, il paraît fort probable qu’un certain nombre de joueurs fassent une croix sur la tournée américaine, histoire de rester focalisés sur les échéances suivantes, dont Roland-Garros fait partie.

Toujours est-il que ce fiasco ne devrait pas avoir d’incidence notable sur la reprise de la saison. On pourrait même y anticiper un impact positif, à savoir une prise de conscience des fédérations sur la nécessité d’imposer un strict protocole sanitaire pour éviter toute diffusion du virus.

Dans cette logique, l’US Open se déroulerait donc à huis clos, les joueurs seraient testés à plusieurs reprises lors de la quinzaine, et ne pourraient se déplacer qu’avec un seul membre de leur staff.

C’est l’organisation de Roland-Garros qui pourrait de son côté se voir quelque peu chamboulée. Les Internationaux de France, supposés débuter le 20 septembre prochain, comptaient se dérouler avec un certain nombre de fans dans les gradins.

L’échec de l’Adria Tour, qui a exposé plusieurs supporters présents dans les tribunes, pourrait pousser la Fédération Française de Tennis à revoir ses plans.

Une fois encore, les intérêts économiques et risques sociaux et sanitaires devraient se confronter.

L’influence du père

Novak Djokovic n’est évidemment pas le seul responsable de cette reprise ratée du tennis dans les Balkans. Certes, en tant que Serbe et numéro 1 mondial, il était perçu comme le chef de file de l’événement, mais on retrouvait notamment son frère, Djordje Djokovic, parmi les organisateurs.

Plus discret que son illustre frangin, Djordje n’a clairement pas été irréprochable dans la gestion de l’événement, masques et gel hydroalcoolique manquant notamment à l’appel du côté de Belgrade.

Ces dernières semaines, c’est surtout le père de Novak, Srdjan Djokovic, qui a ajouté de l’huile sur le feu. Très bavard dans les médias, il n’a pas hésité à s’en prendre à une icône du tennis mondial, en la personne de Roger Federer :

« A votre avis, pourquoi pensez vous que Federer joue encore à 40 ans ? C’est parce qu’il n’accepte pas le fait que Djokovic et Nadal sont meilleurs que lui. Rentre chez toi, élève tes enfants, va skier, fais quelque chose ! Le tennis n’est pas tout dans la vie. C’est juste un passe-temps pour mon fils. Federer est un grand rival pour mon fils, mais il n’est pas assez bon pour être comparé à Novak. »

Srdan Djokovic

Suite à l’interruption de l’Adria Tour, il s’en est ouvertement pris au premier joueur testé positif au Covid-19, à savoir Grigor Dimitrov :

« Grigor Dimitrov est responsable de tout cela, en refusant de passer des tests à Zadar et en tombant malade d’on ne sait où. Ce n’est pas bien, il a causé beaucoup de tort à la Croatie, à la famille de Novak et à la Serbie. »

Des déclarations qui ont bien évidemment suscité la controverse dans la sphère tennistique, Federer et Dimitrov étant tous les deux très appréciés par les fans.

Cette influence prépondérante de Srdjan Djokovic dans la carrière de son fils ne date pas d’hier, et explique d’ailleurs en partie pourquoi la réputation de ce dernier, malgré son immense palmarès, reste ambivalente.

C’est en tout cas l’avis partagé par l’une des premières coachs du joueur serbe, Jelena Gencic :

« Je n’aime pas tout dans son évolution. Je trouve que son père Srdjan est encore bien trop présent. Quand j’étais avec lui, il n’avait pas d’allergie. Est-ce que ça ne lui viendrait pas du stress à devoir composer parfois avec une trop grande proximité parentale ? »

Zones d’ombre et rôle d’ambassadeur

Plusieurs zones d’ombre entourent la carrière du Serbe, et tout particulièrement lors de la période 2017-2018, où il a chuté à la 12ème place du classement ATP, avant de revenir en grâce.

Le mode de vie de Djokovic a considérablement évolué à cette époque, à l’image de son changement de staff. Fatigué par la pression considérable pesant sur ses épaules, le Serbe avait évoqué dès la fin de saison 2016 une certaine lassitude, additionnée à une perte de plaisir sur les terrains de tennis.

Son rapprochement de Pepe Imaz, coach mental controversé, avait beaucoup fait parler en décembre 2016. Cet ancien joueur de tennis espagnol, créateur d’une académie fondée sur « l’amour et la paix », est catalogué comme gourou dans le milieu de la petite balle jaune.

L’estime de Djokovic à l’égard de ce « coach émotionnel » est en partie liée au travail effectué par ce dernier auprès du frère de l’actuel numéro 1 mondial, qui souffrait d’une sérieuse dépression.

Ses pratiques alimentaires ont également beaucoup évolué à ce moment-là, Djokovic devenant un végétarien de plus en plus régulier, et même une sorte d’ambassadeur du sans-gluten.

Dernièrement, ce sont ses positions réticentes vis-à-vis d’une potentielle vaccination contre le Covid-19 qui ont fait débat.

Si le Serbe n’est pas ouvertement anti-vaccin, il a toutefois laissé suggérer qu’il réfléchirait à deux fois avant de se faire vacciner, et qu’il était opposé à une obligation de cette pratique pour pouvoir voyager.

Lors de l’Adria Tour, il avait par ailleurs refusé de se soumettre à un dépistage du virus à Zadar, en Croatie, préférant attendre d’arriver à Belgrade pour être testé.

Toutes ces nouvelles convictions du numéro 1 mondial, désormais plus ou moins ancrées dans son mode de vie quotidien, ont tendance à susciter la controverse autour de celui qui s’impose comme un modèle pour de nombreux jeunes.


Sa popularité, si elle est réelle – et notamment en France – reste sans aucun doute inférieure à celle de ses deux rivaux, Roger Federer et Rafael Nadal.

Personne n’a oublié le scénario de la dernière finale de l’Open d’Australie, opposant Djokovic à Dominic Thiem, une rencontre lors de laquelle le public avait très clairement choisi de soutenir l’Autrichien, plutôt que celui qui possède désormais huit couronnes à Melbourne.

A une époque où, avec l’effervescence des réseaux sociaux, chacun est invité à se prononcer pour ou contre quelqu’un, Novak Djokovic n’a pas fini de diviser au sein de la sphère tennistique.

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