Play : faire du vide peut-il devenir productif ?10 min read

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Conclure avant de commencer, serait-ce là mon introduction ? Je ne sais pas si j’ai aimé Play, le dernier film de Anthony Marciano. En fait, je ne sais même pas comment commencer ce papier, tant la proposition m’a laissé perplexe. Je risque de ne pas être tendre, c’est un fait. Mais, cependant, si vous avez aimé le film, ne partez pas ! Parce que je pense également avoir un peu de bien à dire, je crois, je ne sais pas, je ne sais plus…

Play, qu’est-ce que c’est ?

Parce que oui, avant d’essayer de critiquer quoi que ce soit, il peut être préférable de dresser un bref tableau du sujet du film. Et faire bref ne sera pas compliqué, tant le synopsis est simple.

Max, le personnage principal, joué par Max Boublil, reçoit sa première caméra à 13 ans, en 1993. A partir de ce Noël, il ne s’arrêtera plus de filmer. Toute sa vie sera capturée et précieusement gardée dans ses bandes vidéo. Passée la trentaine, Max décide de revoir le film de sa vie. Les images qui défilent devant ses yeux (et les nôtres) retracent la vie d’une génération entière, entre relations amicales et amoureuses, victoires, échecs… Je vous laisse avec la bande-annonce, qui est sûrement le meilleur moyen de découvrir l’ambiance du film…

Ce qui ne va pas…

Je ne suis bien sûr pas là pour exposer un avis personnel, mais plutôt pour exposer des faits, analyser. Cependant, l’amateur que je suis ne pourrait prétendre savoir analyser, et surtout ne peut s’empêcher de dire ce qu’il pense, avec sa part de subjectivité. Alors, soyons clair, j’ai détesté Play.

Pourquoi ?

Et non pas pourquoi j’ai détesté ce film, mais bien pourquoi ce film ? Pourquoi Play ? Dans quel but ? Où est-ce que ce film va ?

Je n’ai pas su trouver de réponses à ces questions, si ce n’est la volonté de ressasser de vieux souvenirs, satisfaire un certain besoin de mélancolie. Mis à part cet aspect, Play est inutile. Mais alors pour être inutile, ça l’est vraiment…

Un casting qui peine à convaincre

Max Boublil, qui joue le rôle de Max (interprété par Alexandre Desrousseaux dans la tranche d’âge 16-20 ans, et par Mathias Bathélémy entre 13 et 15 ans), est, comme à son habitude, habité par une certaine nonchalance. Cela peut parfois s’avérer bénéfique, dans certaines situations particulières, mais la plupart du temps cela sort juste le spectateur du film. Alice Isaaz également n’arrive pas à briller dans le rôle de Emma, malgré quelques coups d’éclats. La seule actrice qui arrive à réellement se démarquer du lot est Noémie Lvovsky, qui joue la mère de Max.

Il faut dire que leur travail n’est pas facilité par les dialogues, souvent plats et trop peu naturels (ce qui accentue les faiblesses de Boublil).

Aucun renouvellement

Je ne suis personnellement pas particulièrement un adepte du found footage, qui consiste à présenter un film comme s’il était un enregistrement vidéo authentique. Le sous-genre démocratisée par Le Projet Blair Witch en 1999 a, depuis ce film, bien du mal à se renouveler… Et Play ne déroge pas à la règle.

Tourner un film entièrement en found footage, est-ce réellement intéressant ?

Voir des plans tournés caméra à l’épaule, au cadrage et aux zooms aléatoires, avec des images et un son dégradés est bien sympathique, mais devient très vite redondant. Et je ne vais pas particulièrement au cinéma pour assister au déroulement du journal intime d’un ado de 17 ans comme j’aurais sûrement moi-même pu le faire…

C’est là qu’est le principal problème de Play, c’est long et ça ne propose rien de nouveau. Pendant une heure nous assistons désemparés à l’enchaînement d’images d’une vie, sans qu’aucune réelle proposition de cinéma ne soit faite.

Cependant…

On y prend goût… Et je pense que c’est aussi pour ça que ce film m’a énervé, il a réussi à me satisfaire avec du vide. Au final, j’ai aimé Play.

Douce mélancolie

Bien que cela n’ait en soi aucune utilité, revenir dans le passé peut s’avérer agréable, ou déprimant. Enfin bref, revenir dans le passé peut provoquer des émotions. Et s’il est bien un reproche que l’on ne peut faire au film, c’est bien de ne pas avoir réussi son pari. La bande son, les références, les péripéties et les événements vécus par les personnages, tout cela participe activement à la retranscription d’une époque universelle.

Parce que c’est aussi là qu’est une des forces du film, les années 80-90 sont aujourd’hui encore universelles. Les générations qui les précèdent les ont évidemment vécues, pour les générations qui en sont issues je ne pense pas que cela serve à quelque chose d’expliciter, et les jeunes issus des années 2000 peuvent facilement s’y identifier.

Etant moi-même né à l’aube du IIIe millénaire, j’ai pu connaitre les cassettes vidéos, les années (bien que plus courtes) sans téléphone portable, et un tas de choses qui se rapprochent fortement de ce qu’ont vécu les jeunes des années 80-90. De plus, avec la récente victoire de l’équipe de France de football à la Coupe du Monde, nous pouvons même nous identifier dans les scènes de la victoire de 98.

Par ailleurs, le rock et les hits de cette époque ont toujours une place importante dans nos vies, d’autant plus que ce genre se lie de plus en plus avec le rap qui est aujourd’hui la musique la plus écoutée. Les featurings entre Blink-182 et des rappeurs tels que XXXTentacion, entre Ozzy Osbourne, Post Malone et Travis Scott, ou encore entre Young Thug et Elton John, sont le témoignage d’une alliance des deux millénaires.

Dure mélancolie

L’impression de ne pas avoir fait tout ce que l’on voulait, est aussi peut-être universelle, puisque aucun de nous n’est réellement maître de sa vie dans tous les aspects. Rêves avortés, relations ratées, ou même juste le simple fait de se faire recaler de boîte, chacun de nous a connu ces choses au moins une fois dans sa vie. On s’identifie donc facilement aux personnages, et le found footage peut d’ailleurs s’avérer utile dans ce sens.

Le film insiste beaucoup sur l’impossibilité de revenir en arrière, l’importance de profiter du moment. Bien que le message puisse être perçu comme étant une certaine incitation à un peu plus apprécier chaque jour, il peut aussi provoquer un certain sentiment de regret chez le spectateur.

Tout cela ne relève que d’un ressenti purement personnel, mais je sais que je suis personnellement sorti de la séance avec un certain sentiment doux-amer. La mélancolie peut être plaisante, mais elle peut aussi s’avérer pénible pour certains…

Un film plein de tendresse… et drôle ?

Bien que la bande annonce m’ait laissé perplexe quant à la qualité humoristique du film, et n’étant pas un grand fan de Max Boublil, j’ai trouvé le film particulièrement drôle. Les situations comiques marchent bien, on sent que les acteurs se sont amusés, et la salle est imprégnée d’une atmosphère particulièrement agréable. Bien que je n’aime normalement pas trop être dérangé pendant un film, les éclats de rire au visionnage de Play sont au contraire plutôt amusants, et n’empiètent pas sur la qualité du film puisque celui-ci ne fait preuve d’aucune bonne chose technique. Le fait que cela ne soit rien de plus que le journal intime d’un gosse sert au moins à ça : si on se déconcentre, ce n’est pas vraiment important…

Une deuxième partie qui rattrape le tout

Là est la dernière force de Play : Anthony Marciano et les acteurs ont mis tout leur cœur et toutes leurs forces dans la deuxième moitié du film… Je disais précédemment que le spectateur s’ennuyait fermement pendant toute une heure. Et la subtilité est là : le film dure 1h48min. Durant les 40 dernières minutes, le rythme s’accélère, les surprises se font de plus en plus nombreuses, et l’histoire prend un peu plus de sens. Bien que la fin soit prévisible, le cheminement est sympathique et le spectateur est moins amené à regarder sa montre… Le tout se conclue sur une belle fin, pleine d’espoir et de positivité.

Pour conclure

Play a donc apparemment réussi à faire quelque chose avec du vide, en brassant de l’air. Le personnage de Max d’abord, avec la simple addition de toutes ses vidéos, réussi à prendre du recul sur sa vie. Son oeuvre devient formatrice, bien qu’elle ait pu paraître absurde pour certains pendant des années. Et le spectateur dans un deuxième temps, bien qu’il ne soit confronté qu’à un enchaînement d’images sans recherche particulière, se prend au jeu et peut passer un bon moment. Play est inutile, Play va vite être oublié, Play est, dans un certain aspect, une vaste blague dont nous nous serions bien passé. Mais Play est aussi et surtout sympathique.

Les plus :

  • Les nombreuses références, que ce soit cinématographiques, musicales, ou encore sportives.
  • Un film madeleine de Proust.
  • Des situations comiques qui font leur effet.
  • Des personnages sympathiques dans lesquels nous pouvons facilement nous identifier.

Les moins :

  • Trop peu original, réchauffage de ce qui se fait déjà (aucun renouvellement du found footage).
  • Aucune prise de risque.
  • Un jeu d’acteur parfois trop peu évocateur, linéaire.
  • Une première heure beaucoup trop ennuyante, il ne suffit pas de balancer des images de sa vie au spectateur pour que celui-ci passe un bon moment…
  • Plus inutile qu’agréable.

La note : 7/20

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