Pourquoi le Bayern aurait tort de vendre Jérôme Boateng cet été8 min read

Pourquoi le Bayern aurait tort de vendre Jérôme Boateng cet été8 min read

Il était presque devenu persona non grata à l’automne dernier sur les flancs de la Bavière.

Huit mois plus tard, après une performance très solide face au Borussia Dortmund, le voilà en passe de remporter un huitième titre de champion d’Allemagne avec le Bayern, lui qui avait rejoint le club en 2011.

Avec Jérôme Boateng, c’est tout ou rien. Fort heureusement pour sa réputation ainsi que pour son équipe, il a retrouvé un niveau de performance élevé depuis la promotion d’Hansi Flick en tant qu’entraîneur en chef, si bien que le champion du monde pourrait prolonger l’aventure avec un club qui cherchait désespérément à s’en séparer il y a encore quelques mois.

Un fonctionnement à la confiance

Ce n’est pas nouveau : Jérôme Boateng fait partie de ces joueurs qui, pour évoluer à leur meilleur niveau, doivent sentir qu’on leur fait pleinement confiance.

Cette confiance, il l’a pleinement ressentie lorsqu’il a atterri en Bavière en 2011. Sous les ordres de Jupp Heynckes, réputé pour sa proximité et sa bienveillance envers ses joueurs, Boateng s’est imposé comme le leader de la charnière centrale, remportant le fabuleux triplé en 2013.

Cette confiance, elle s’est renforcée avec l’arrivée de Pep Guardiola, tombé sous le charme du robuste défenseur allemand. Au cours de ses trois saisons passées outre-Rhin, le tacticien catalan en a fait l’homme fort de sa défense, son premier relanceur, nouant une belle complicité avec le joueur formé au Hertha.

Problème : après la lune de miel, vient le retour à la normale. Avec Thomas Müller, Jérôme Boateng est sans aucun doute le bavarois qui a le plus souffert du départ de Guardiola à l’issue de la saison 2015-2016.

Son palmarès étant déjà bien garni, le défenseur central passé par Manchester City est rentré dans une phase de lassitude sous le mandat de Carlo Ancelotti. Moins impliqué, ses supporters lui ont souvent reproché une hygiène de vie imparfaite et un désintérêt pour le ballon rond.

Quelques kilos supplémentaires et quelques blessures plus tard, Boateng n’était devenu plus que l’ombre de lui-même. Sa lenteur et son retard dans ses interventions devenaient une habitude, si bien que les rumeurs de départ ont commencé à se faire sentir.

Le court retour de Jupp Heynckes n’y aura rien changé puisque son successeur, Niko Kovac, n’a pas réussi à ressusciter le Boateng de 2014.

Passé derrière Niklas Süle et Mats Hummels dans la hiérarchie, l’ancien chouchou de Guardiola a vu sa valeur décroître fortement au fil des mois.

L’été dernier, plusieurs médias allemands évoquaient la possibilité que le Bayern le cède pour une somme inférieure à 15 millions d’euros, ce qui en dit long sur la fracture qui s’était dessinée.

Mais c’était sans compter sur le retour d’Hansi Flick, adjoint de Joachim Löw lors du sacre de la Mannschaft en 2014. Dans un premier temps adjoint de Niko Kovac, l’homme de l’ombre au Brésil n’est sans doute pas étranger au fait que Boateng soit resté en Bavière l’été dernier.

Souvent comparé à Heynckes pour ses excellents rapports avec les joueurs, c’est sans surprise qu’une fois promu numéro 1, Flick a immédiatement fait comprendre à Boateng qu’il comptait sur lui.

Mettant ses paroles en action, le coach de 55 ans a tout de suite réinstallé son joueur dans la charnière centrale, aux côtés de David Alaba.

Depuis, Boateng n’a presque plus quitté le onze de départ, et la stabilité du système de jeu du Bayern est grandement liée à son retour en forme.

Quarterback stoppeur

Certes, le physique imposant du joueur de 31 ans laisserait à première vue suggérer qu’il s’agit avant tout d’un défenseur-stoppeur, le bon vieux cliché du défenseur allemand rustique, qui ne fait pas dans la dentelle.

Néanmoins, on aurait tort de résumer Jérôme Boateng à cette description. Bien qu’il n’hésite pas à faire valoir son mètre quatre-vingt douze et ses 90 kilos dans les duels, l’allemand est particulièrement dans son élément quand il s’agit de distribuer le jeu, à l’image d’un quarterback.

C’est dans ce registre que Pep Guardiola prenait un immense plaisir à le faire évoluer. Première rampe de lancement d’une équipe portée sur l’offensive, Boateng brillait par sa capacité à casser les lignes adverses sur des passes au sol millimétrées. Sa diversité dans le jeu avec ballon lui permettait également de trouver ses partenaires sur de longues relances aériennes, pour le plus grand plaisir de Robert Lewandowski, auteur de plusieurs buts dans ce schéma de jeu.

Hansi Flick, qui admire beaucoup la conception du football partagée par son homologue catalan, a réussi à réveiller la fibre de fin relanceur de son joueur.

Cela apporte considérablement au Bayern sur ses phases de possession, bien moins stériles. Boateng peut en effet rapidement trouver ses attaquants sans nécessairement passer par le relais du milieu du terrain. Il apporte également de la variété au jeu du Rekordmeister, alternant ballons au sol et ballons aériens, de quoi sérieusement désorienter l’équipe adverse.

Car l’avantage de bénéficier d’un excellent défenseur-relanceur dans son équipe, c’est qu’il doit rarement faire face à la même intensité de pressing qu’un milieu de terrain ou qu’un attaquant. Les adversaires du Bayern, ayant pour habitude de défendre en bloc bas avec pour objectif de harceler uniquement les joueurs à vocation offensive, délaissent ainsi souvent le défenseur allemand, qui a tout le temps pour effectuer ses passes.

Dans ce registre, Jérôme Boateng s’avère donc une option bien plus intéressante qu’un Niklas Süle dont les qualités sont indéniables, mais qui est beaucoup plus timide dans ses relances.

Surtout que, parallèlement, le champion du monde a retrouvé du poil de la bête dans son jeu sans ballon, qui était devenu une faiblesse régulière ces dernières saisons.

Plus affûté, et surtout plus motivé, il brille de nouveau par ses superbes anticipations et son sens du sacrifice.

Avec une charnière Boateng-Alaba, Hansi Flick semble avoir trouvé la formule magique, garantissant une bonne assise défensive et, surtout, des circuits de relance optimaux. Tout porte donc à croire qu’il fera le forcing afin de conserver le désormais ex-international allemand, pièce maîtresse de sa défense.

Un choix qui aurait des conséquences inévitables sur le temps de jeu de Niklas Süle et de Lucas Hernandez.

Des arguments économiques

La Bundesliga a beau avoir été le premier des 5 grands championnats européens à reprendre, il n’en reste pas moins que ses clubs – y compris le Bayern – ne risquent pas de faire de folies lors du mercato estival.

Selon les informations actuelles, il semblerait qu’Hasan Salihamidzic et son board sortent le chéquier pour enrôler Leroy Sané, cible numéro 1 depuis l’été dernier. Le club envisage également la possibilité de signer un renfort dans le secteur défensif, mais il s’agirait selon toute vraisemblance d’un latéral droit, afin d’offrir un back-up à Benjamin Pavard.

Jérôme Boateng ayant clairement laissé sous-entendre qu’il était prêt à rester en Bavière depuis la prolongation d’Hansi Flick comme entraîneur principal, il paraît très improbable que la direction du Rekordmeister fasse le forcing pour le céder, d’autant plus que Flick compte sur lui.

Par ailleurs, au vu des circonstances économiques actuelles et de l’âge du champion du monde allemand, pas sûr que le Bayern puisse en tirer un prix intéressant : le jeu n’en vaut pas vraiment la chandelle.

Si l’effectif bavarois commence à être bien fourni à ce poste (Alaba, Süle, Hernandez, voire même Pavard), il s’agit cependant de joueurs très fragiles : Süle se remet progressivement d’une rupture des ligaments, tandis que Lucas Hernandez a connu une première saison gâchée par les blessures à répétition.

En conservant Jérôme Boateng, le Bayern pourrait ainsi mettre de l’argent de côté dans l’optique d’une future grosse dépense pour acquérir Kai Havertz, ciblé pour l’été 2021.

Hansi Flick et son staff devront néanmoins faire preuve de beaucoup d’intelligence dans la gestion des égos, puisque quatre joueurs de classe internationale se disputeront deux places de titulaire dans la charnière centrale, un poste pour lequel les entraîneurs sont toujours réticents à trop faire tourner, en raison des déséquilibres pouvant se créer.


Crédits photo de couverture : https://agenciabrasil.ebc.com.br/ – Attribution 3.0 Brazil (CC BY 3.0 BR)

Laisser un commentaire

Tweetez
Partagez
Enregistrer
Partagez
Read previous post:
Recomercredi : Detroit, quand le passé fait écho avec l’actualité

Aujourd'hui, allons à la découverte de Detroit, de Kathryn Bigelow. Drame inspiré de faits réels magnifiquement bien réalisé qui résonne,...

Close