Recomercredi : Mommy, “les sceptiques seront confondus”6 min read

Recomercredi : Mommy, “les sceptiques seront confondus”6 min read

Xavier, un prénom. Dolan… Son nom. Et déjà tellement de choses derrière… Un acteur, un réalisateur, un scénariste, un monteur… Y’a-t-il quelque chose que cet homme ne sait pas faire sérieusement ? Huit films, à seulement 31 ans. De nombreux prix à Cannes, dont un Prix du jury ainsi qu’un Grand prix, plusieurs César, et tant d’autres récompenses que je ne citerai pas au risque de s’y perdre. Et puis au sein de cette filmographie… Juste la fin du monde (2016), chef d’oeuvre. Laurence Anyways (2012), pépite. Les citerai-je tous ? Non. Inutile. Mais une chose est sûre, Xavier Dolan aura su, prématurément, marquer le cinéma de son empreinte. Le marquer de manière indélébile. Un prodige, c’est le mot. Un prodige facilement reconnaissable, qui aura dès son premier film, J’ai tué ma mère (2009), trouvé sa marque de fabrique (malgré des moyens limités). Et pour (re)découvrir cet ovni du paysage cinématographique actuel, quoi de mieux que de se (re)faire Mommy (2014), son cinquième long-métrage ? Allez, en route !

Mommy, qu’est-ce que c’est ?

Diane (Anne Dorval), ou D.I.E, avec un cœur sur le “i” s’il vous plait, est une veuve excentrique au style bien à elle. La maman hérite de la garde de son fils, Steve (Antoine-Olivier Pilon), après que ce dernier ait déclenché un incendie dans le centre correctionnel où il était censé changer. Diagnostiqué bipolaire, Steve est un jeune garçon de 16 ans au comportement violent, impulsif, envers lequel la directrice du centre ne place plus aucun espoir. “Ce n’est pas parce qu’on aime quelqu’un qu’on peut le sauver” lancera-t-elle à Diane… Malgré toutes les difficultés, et armés d’un amour complexe mais bien présent, la mère et le fils se battront, sans relâche, pour prouver le contraire. Après tout, “les sceptiques seront confondus“, n’est-ce-pas ? Ils pourront compter sur l’aide de Kyla (Suzanne Clément), voisine mystérieuse de Diane. Dans leur quête d’équilibre, de bonheur, de paix avec soi-même ainsi qu’avec les autres, les trois personnages se découvriront, se libéreront, ne serait-ce que pour un instant…

on va être ben. Fie-toi sur moi qu’on va être ben” Mommy, de Xavier Dolan.

Pourquoi est-il important de voir ce film ?

Et bien, parce que c’est du grand Dolan… Sûrement pas son meilleur film, je lui préfère en tous cas personnellement Juste la fin du monde par exemple. Mais Mommy c’est le film typique de Dolan, avec la relation mère/fils compliquée, la crise identitaire, cette douleur et cette rage mêlées à un amour fort, complexe, et tout ce génie dans la réalisation. Aussi, Mommy est un film qui saura bouleverser n’importe qui. Là où une histoire telle que celle de Louis dans Juste la fin du monde pourra laisser certains sur le bord de la route, d’autant plus avec les longueurs présentes dans le film, Mommy prendra n’importe qui aux tripes. Du moins c’est ce que je pense, moi qui après une dizaine de visionnages pleure ou souris toujours autant à chaque fois aux mêmes moments du film.

Il y a dans Mommy toutes ces fulgurances artistiques propres à Dolan. Les lumières et les couleurs sont, comme d’habitude avec le réalisateur, magnifiques, plus que magnifiques même. Et il y a ce format en 1:1, Dolan troque le format habituel de nos jours pour un carré parfait, afin de mieux enfermer ses personnages, de les étouffer et de nous étouffer avec eux. L’exercice est périlleux et impose nombre de contraintes, mais force est de constater que ça marche. Ça marche et surtout cela apporte plein de belles choses, dont cette scène formidable ci-dessous, sur laquelle je ne vous dirai rien de plus afin que vous la découvriez vous-même !

Evidemment, avec un tel format, les personnages sont filmés de près. Et deuxième qualité du film, les acteurs sont parfaits ! Anne Dorval, qui avait déjà accompagné Xavier Dolan dans J’ai tué ma mère ainsi que dans Laurence Anyways, signe ici l’une de ses meilleures prestations. Elle et Suzanne Clément auraient largement mérité une récompense à Cannes. Et Antoine-Olivier Pilon… Il est pour son premier grand rôle au cinéma tout simplement magistral. Tous trois sont la représentation parfaite de cette fragilité, de cette insouciance couplée, paradoxalement, à une maturité certaine…

Anne Dorval, Xavier Dolan, Antoine-Olivier Pilon, Suzanne Clément
Crédits photo : Cineplex

Et enfin, il y a cette bande son… J’ai pris l’habitude d’écrire mes articles en écoutant les musiques des films dont je parle. Et quand on écrit sur Mommy (moi qui travaille avec du Céline Dion en fond, qui l’eut cru ?), quel plaisir ! Dolan nous dit que les chansons présentes tout au long du film sont en fait celles de la playlist laissée par le père de Steve avant son décès. Des musiques populaires, propres au cinéma du réalisateur, qui accompagnent et décuplent à merveille les émotions et les sensations physiques ressenties. Et puis sérieusement…

Je ne me moque absolument pas de vous si je vous dis que je termine cet article en écoutant cette musique, sans l’avoir fait exprès. Jolie signe du destin, non ?

Bref, nous pourrions vanter durant des heures les mérites de cette oeuvre, mais mon but n’est pas de m’accaparer votre temps. Au contraire, du temps il vous en faudra pour visionner et digérer ce merveilleux film. Que l’on aime ou que l’on n’aime pas, il y a bien une chose que l’on ne peut pas enlever à Xavier Dolan : il prend des risques. Il prend des risques et cela paie. Tout en cassant les codes, le jeune prodige nous offre encore une fois avec Mommy un film haut en couleurs et fort en émotions. Vous êtes sceptiques ? Allez vous faire votre propre avis !

Laisser un commentaire

Tweetez
Partagez
Enregistrer
Partagez
Lire les articles précédents :
Carrés Potagers
Créer un potager chez soi : c’est si facile !

Pendant le confinement, beaucoup de nos concitoyennes et concitoyens ont découvert ou redécouvert une connexion avec la nature, avec la...

Fermer