Recomercredi : Speed Racer, le vilain petit canard des Wachowski8 min read

Recomercredi : Speed Racer, le vilain petit canard des Wachowski8 min read

Cette semaine, nous nous lançons dans une ardue entreprise… Celle de redorer le blason du maltraité Speed Racer, le film post-Matrix des Wachowski tombé très vite dans l’oubli. Alors attachez bien vos ceintures, c’est parti pour une reconquête à cent à l’heure d’un film haut en couleurs !

Speed Racer, qu’est-ce que c’est ?

Depuis qu’il est tout jeune, Speed Racer est un as du volant. Son seul rival : feu Rex Racer, son propre frère dont il tente de faire vivre l’héritage.

Après avoir refusé de courir pour Royalton Industries, et étant fidèle à l’écurie de son père, il se met à dos ceux qui tirent les ficelles. En effet, au fil des épreuves, Speed découvre que certaines des plus grandes courses américaines sont truquées par une poignée d’hommes d’affaires, manipulant les pilotes à l’aide du dieu dollar afin de déterminer à l’avance les résultats. Et puisque Speed refuse de courir sous ses couleurs, Royalton veillera évidemment à ce que la Mach 5, sa fameuse voiture, ne remporte plus une seule course…

Pour sauver l’entreprise familiale et sa carrière, Speed n’a d’autre issue que de battre Royalton à son propre jeu. Soutenu par sa famille et sa fidèle compagne Trixie, le pilote s’associe à un ancien rival, le mystérieux Racer X, pour remporter la course mythique qui coûta la vie à son frère : le terrifiant rallye “Crucible”…

Le cinquième film réalisé par les Wachowski, sorti en 2008 et adapté du manga de Tatsuo Yoshida, propose un scénario pouvant paraître simple à première vue. Alors simple blockbuster raté ou chef d’oeuvre incompris ?

Speed Racer est adapté du manga du même nom de Tatsuo Yoshida, créé en 1966 et adapté en anime en 1967

Speed Racer : pourquoi est-ce considéré comme un désastre ?

Avant de vendre les mérites du film, de voir tout ce qu’il y a de si bien dans Speed Racer, voyons directement ce qui a cloché.

Échecs, échecs, et encore échecs…

A l’origine, c’est déjà un bazar sans nom en coulisses… Le studio Warner Bros achète les droits du manga de 1966 en 1992, et tout va assez vite, du moins au début, dans le projet d’adaptation. Le tournage est annoncé en 1995, avec Johnny Depp dans le rôle principal et Julien Temple à la réalisation. Néanmoins, l’argent manquant, le tournage est vite repoussé. Le réalisateur quitte le navire, suivi par Depp…

Ensuite, plusieurs autres échecs… En 2000, une version avec le réalisateur Hype Williams tombe à l’eau. En 2004, c’est Vince Vaughn, qui voulait relancer le projet en tant que producteur exécutif et interprète de Racer X qui ne parviendra pas à ses fins.

C’est en 2006 que les Wachowski se greffent au projet, après 10 ans d’échecs à répétition ! Victoire me direz vous… Le tournage peut débuter en 2007, avec Emile Hirsch dans le rôle principal. Pour la petite anecdote, Keanu Reeves, le célèbre interprète de Neo dans Matrix, aurait pu jouer le rôle de Racer X. Malheureusement, l’acteur avait refusé l’invitation, comme s’il avait prédit que ce film serait un échec…

Échec, c’est le mot. Et oui, encore… Du moins, échec commercial. Speed Racer aura coûté environ 120 millions de dollars, pour ne gagner que 93.9 millions au box office. Pour cause, une stratégie marketing vivement critiquée. Ce film serait-il donc maudit ?

Maudit pourrait être le mot, quand on songe à la date de sortie de Speed Racer. En effet, un an plus tard sortait Avatar, qui popularisait (peut être un peu trop) la technologie 3D. Quand on pense à l’univers tout en profondeur de Speed Racer, on peut imaginer que la 3D n’aurait pu être qu’avantageuse… Échec de tir.

Un film qui ne pourra pas parler à tout le monde

Speed Racer est ce genre de film qui s’adresse à tout le monde et à personne à la fois, laissant sur le bord de la route (sans mauvais jeu de mot) de nombreux spectateurs. Un univers pop et coloré qui peut déplaire, des CGI criardes, un humour cartoonesque, bref, de nombreux partis pris très forts. Speed Racer ne rentre dans aucune case, trop hystérique pour certains, l’oeuvre sera jugée à l’opposé trop naïve pour d’autres. Ni un film pour enfants, ni un film pour adultes, un ovni en son genre.

En outre, si le spectateur ne jure que par Matrix, qu’il s’attend à une oeuvre aussi dense et complexe, il sera forcément déçu. Bien que Speed Racer puisse être plus compliqué qu’il n’y paraît, certains n’y verront qu’un film grotesque et futile…

En fin de compte, pourquoi est-ce si bien ?

Justement parce que c’est un ovni ! Au final, je pourrais m’arrêter là… Speed Racer est unique, et c’est bien pour cela qu’il faut le voir, point barre. Mais bon, pour les plus réticents, allons un peu plus loin dans l’analyse…

Une réalisation qui nous invite à plonger dans une dimension parallèle

Florilège de couleurs, musiques formidables, rythme hystérique, courses invraisemblables, Speed Racer est une invitation à plonger dans un monde entre le réel et le jeu vidéo, le concevable et l’inimaginable.

Tout l’espace est occupé dans ce film, le répit est impossible, tout vide doit être comblé, comme si cette aventure sortie d’un autre monde nous envahissait de toutes parts. Certes, cela crée un chaos démentiel, mais au final on en redemande !

Le cartoonesque est poussé à outrance, comme pour montrer que le film n’est pas là pour se prendre au sérieux. Les Wachowski s’amusent, et nous voulons nous amuser avec eux.

Un scénario plus profond qu’il n’y paraît

Sous son allure de blockbuster enfantin, Speed Racer est aussi un film racontant Hollywood, racontant notre société. Derrière le monde parallèle haut en couleurs se cache le monde bien réel, où l’argent est maître et où les grosses compagnies sont prêtes à tout pour parvenir à leurs fins, quitte à rependre la tristesse, à briser des vies et des rêves.

Élément amusant à notifier : Speed Racer est un film financé par la société de production des frères Warner (Warner Bros. signifie “Warner Brothers”), réalisé par les soeurs Wachowski. Une affaire de famille donc, ce qui est à replacer au centre de l’intrigue du film. Les mésaventures subies par la famille de Speed Racer sont les mésaventures subies par des familles comme celles des Wachowski ou des Warner : les mêmes trahisons, les mêmes abus de pouvoir… Mais surtout, la même volonté, des deux côtés, de déjouer ce système inégalitaire, de contrer les puissants.

Une adaptation de manga réussie, vraiment ?

Ce sera notre dernier point, et ô combien important à notifier… On le sait bien, dans la plupart des cas, l’adaptation d’un manga ou d’un anime en film live s’est avérée être un échec. Deux raisons à cela : un manque de passion envers l’oeuvre originale de la part des producteurs, des réalisateurs ou des scénaristes, ou bien, plus simplement, la réalité. Car oui, en effet, la réalité ne permet que très rarement d’adapter les œuvres invraisemblables des mangakas.

Speed Racer fait partie de ces rares films qui ont su s’affranchir de la réalité. Les soeurs Wachowski, passionnées du manga original, ont su s’armer de leur génie pour nous offrir un film surréaliste, qui respecte l’oeuvre de base, tout en ouvrant ses bras à ceux qui ne l’auraient pas vue. Car oui, même le plus novice des novices qui n’aura pas lu le Speed Racer de Tatsuo Yoshida ou visionné l’anime de 1967, pourra profiter pleinement du film des Wachowski.

Je ne m’étalerai pas plus sur le sujet, mais me contenterai de vous recommander cette excellente (et passionnante) vidéo sur les rapports entre les mangas et le cinéma américain.

Ça commence à être répétitif les recommandations de vidéo de InThePanda là non ? Vous aviez compris que j’aimais bien son travail ? Je pense que vous avez compris.

Film de mon enfance, Speed Racer fait partie, à tort ou à raison, des œuvres décriées du cinéma. Mais nous avons du temps à occuper en ce moment, et aucun film n’est insignifiant ! Alors je vous en prie, (re)découvrez cette oeuvre oubliée. Peut-être détesterez-vous, mais, pris de nostalgie, peut-être serez-vous conquis… Tel Le Vilain Petit Canard de Hans Christian Andersen, Speed Racer peut s’avérer plus attachant qu’il n’y paraît !

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