Schalke en perdition7 min read

Schalke en perdition7 min read

Les plus optimistes diront que Schalke 04, en obtenant le nul face à l’Union Berlin (1-1), a stoppé l’hémorragie de défaites depuis la reprise de la Bundesliga. Compliqué toutefois côté Blauen de se satisfaire de cette maigre consolation, alors que l’équipe n’a glané qu’un seul point sur quinze points possibles depuis le retour du football.

Alors oui, l’absence de supporters, habituellement si concernés par les prestations de leur équipe, rend évidemment la tâche du club de Gelsenkirchen plus délicate. Mais la faiblesse du jeu proposé ainsi que les failles mentales qui resurgissent laissent émerger un problème plus profond, davantage structurel.

Rien de très rassurant.

Plan de jeu de la peur

L’interruption du football allemand en mars dernier, pour cause de pandémie, n’était à première vue pas une si mauvaise chose pour Schalke.

En effet, le club de la Ruhr était déjà sur une série de 7 matchs sans victoire, marquée par deux humiliations face au Bayern Munich et au RB Leipzig (défaites 5-0).

Cette pause quelque peu inattendue représentait donc une opportunité pour l’ensemble de la formation de prendre du recul afin de repartir de l’avant. La reprise le 16 mai dernier face au rival du Borussia Dortmund constituait une belle occasion de remettre les pendules à l’heure et de se réaffirmer tel un sérieux candidat à l’Europe.

Un peu moins d’un mois plus tard, Schalke 04 ne répond plus, et a sans nul doute dit adieu à l’Europe. Les contre-performances s’enchaînent à un rythme inquiétant, d’autant plus que le jeu ne suit pas : les hommes de David Wagner sont méconnaissables.

L’intensité, tout d’abord, est portée disparue. Problématique, quand on sait que les Königsblauer se sont beaucoup reposés sur cette facette de leur jeu au cours des dernières saisons pour obtenir des résultats.

Lors de leur superbe saison 2017-2018, où ils avaient terminé dauphin du Bayern, les joueurs de Schalke avaient brillé par leur flexibilité tactique et leur impact dans les duels, sous les ordres du jeune tacticien Domenico Tedesco.

Deux ans plus tard, après une saison 2018-2019 totalement manquée, le club de la Ruhr était reparti sur de bonnes bases, avec notamment un superbe mois de septembre.

Mais une fois encore, l’effectif a été rattrapé par son manque d’entrain offensif, qui a fini par installer un cercle vicieux. Habitués à avoir un style de jeu assez direct, avec pour conséquence logique du déchet dans les transmissions, les hommes de Wagner ont commencé à afficher de sérieuses lacunes défensivement.

Cela a progressivement incité le technicien de 48 ans à privilégier un retour à la solidité, au détriment du spectacle offensif.

Problème : compliqué d’aller chercher l’Europe sans marquer de buts, surtout quand l’un des seuls capables d’apporter un brin de folie, à savoir Amine Harit, manque à l’appel pour cause de blessure.

Face à l’Union Berlin ce dimanche, pourtant un adversaire largement à sa portée, Schalke a eu toutes les peines du monde offensivement, s’en remettant à une frappe lointaine de son latéral droit Kenny pour égaliser.

Les mêmes schémas de jeu se sont répétés tout au long de la rencontre : de longues relances pour chercher le pivot Gregoritsch, dans l’espoir que ce dernier dévie avec une précision chirurgicale pour un joueur lancé. Quand bien même les Königsblauer croient aux miracles, il en faudrait en bonne dose pour espérer inscrire plus d’un but par match.

Composition vs Union Berlin

Comme le soulignait très justement Patrick Guillou, consultant de BeIN Sports, la rigidité du système en 4-4-2 proposé par David Wagner compromet sérieusement les chances de l’équipe. Les joueurs, trop statiques, ne proposent presque rien, d’où cet usage répété de longs ballons.

La mauvaise gestion du cas Nübel

Son manque de confiance actuel, Schalke le doit également à sa mauvaise série de résultats avant le confinement. Une série marquée par l’instabilité du poste de gardien, suite à l’annonce du transfert de Nübel au Bayern Munich pour l’été prochain.

Dans un premier temps, face à la pression médiatique exercée sur ses épaules et à la rancœur de ses supporters, le jeune gardien allemand a commis quelques boulettes qui ont coûté des points à son équipe.

La situation a convaincu son entraîneur de le mettre sur la touche, au profit du numéro 2 Markus Schubert. Néanmoins, ce dernier n’a pas fait gage de sérénité dans les cages, coûtant à son tour plusieurs points à son équipe.

A force de trop tergiverser dans la gestion de ce poste pourtant crucial, le staff a involontairement instauré un climat d’instabilité dans tout l’effectif. On sous-estime encore trop souvent les impacts d’un changement régulier de gardien sur la cohérence défensive, mais ils sont considérables.

Depuis deux journées maintenant, Nübel a fait son grand retour dans les cages des Königsblauer, se montrant d’ailleurs plutôt rassurant face à l’Union Berlin. Ce choix de Wagner, parti pour durer jusqu’à la fin de la saison, intervient sans doute un peu trop tard.

Une construction de l’effectif qui fait défaut

Il ne faut cependant pas accabler David Wagner et son staff pour la mauvaise passe que traverse Schalke.

La saison passée, lors de laquelle le club de la Ruhr avait dangereusement lorgné la zone de relégation, aurait dû servir de leçon.

Mais visiblement, la direction du club a préféré se reposer sur les lauriers du très bel exercice 2017-2018, considérant que tous les ingrédients étaient présents pour rééditer cela.

C’est trop vite oublier que leur place de dauphin acquise cette saison-là, Schalke la doit beaucoup à l’ingéniosité tactique de son tout jeune entraîneur du moment, Domenico Tedesco. Et aussi à une pointe de réussite, son équipe s’imposant à plusieurs reprises sur la plus petite des marges.

Quand tout va bien, tout va bien. Mais quand tout va mal, tout va mal, et c’est malheureusement dans cette dynamique négative que s’enlise le club de Gelsenkirchen ces derniers temps.

Les derniers mercatos ont été incomplets : le club a misé sur une solide arrière-garde, avec les arrivées de Salif Sané, Ozan Kabak ou encore Jean-Clair Todibo, au détriment d’un secteur offensif aux abonnés absents.

Seul Amine Harit fait aujourd’hui réellement office de détonateur, grâce à son sens du dribble et à sa polyvalence. Derrière, on fait confiance aux jeunes, comme Benito Raman et Ahmed Kutucu, mais plus par défaut que par conviction.

Les profils plus expérimentés sont particulièrement limités : Guido Burgstaller et Michael Gregoritsch ont une palette assez réduite, brillant davantage dans le registre de pivot que dans la prise d’espaces.

Enfin, le milieu de terrain manque également d’envergure. Face à l’Union, ce sont Daniel Caligiuri et Alessandro Schöpf qui évoluaient au centre, deux joueurs pourtant habitués à jouer sur le flanc droit.

Impossible, à partir de là, d’espérer contrôler le jeu depuis le milieu de terrain et de dicter le rythme à son adversaire.

Malheureusement pour les fans du club, la mauvaise passe actuelle n’a rien de temporaire. Le flou qui réside concernant la direction et les finances du club, qui sème d’ailleurs le doute depuis un moment chez les supporters les plus fidèles, pourrait bien se prolonger encore un peu.

Après Hambourg, relégué la saison passée, et le Werder Brême, plus que jamais menacé d’un même scénario, le club de Schalke 04 sera-t-il le prochain monument du football allemand à vaciller ?


Crédits photo de couverture : https://www.wallpaperflare.com/

Laisser un commentaire

Tweetez
Partagez
Enregistrer
Partagez
Read previous post:
Ça raconte Sarah : une passion lesbienne dévorante

L'autrice nous propose une oeuvre puissante et surprenante, qui fait l'effet d'une bombe.

Close