Une si longue lettre : lumière de Mariama Bâ sur la condition des femmes sénégalaises3 min read

Une si longue lettre : lumière de Mariama Bâ sur la condition des femmes sénégalaises3 min read

Encore trop méconnue, Une si longue lettre est une oeuvre primordiale, pour ce qu’elle nous livre sur la condition des femmes au Sénégal dans les années 80.

Une lettre de l’héroïne à sa meilleure amie

Mariama Bâ a fait le choix de présenter son roman comme une lettre de Ramatoulaye à sa meilleure amie Aïssatou, qu’elle écrit lors du décès de son époux. Comme tout roman écrit à la première personne, on entre dans l’intimité de l’héroïne qui revient sur sa vie, son évolution.

Tendre et attachante, Ramatoulaye est une femme sénégalaise mère de douze enfants, qui, une fois mariée, a choisi la vie de maîtresse de maison. La complexité du personnage apparait au fil des pages : tour à tour, l’héroïne est étudiante, épouse, mère, veuve. Ramatoulaye rassemble dans ses lettres ses souvenirs et nous offre une rétrospective sur sa vie, sur les choix opérés et évoque ainsi plusieurs aspects de la culture et de la société sénégalaises.

Immersion dans la vie d’une femme sénégalaise, entre tradition et patriarcat

Les lettres sont évidemment un prétexte de l’autrice pour aborder la vie au Sénégal, y dénoncer la condition de la femme.

Ramatoulaye revient sur leur enfance heureuse et leurs grands espoirs en tant qu’étudiantes, grandes privilégiées tant faire des études est un luxe à cette époque. Elles rêvent d’une vie meilleure. L’éducation est alors leur moyen de s’extraire de l’asservissement et de la soumission imposés par la société, la religion, la politique.

La société décrite est sous le joug du patriarcat et l’héroïne explique la difficulté pour la population d’accéder à une éducation décente, l’inégalité de traitement entre les hommes et les femmes ainsi que l’absence de représentation féminine en politique. Elle dresse le portrait d’une population qui peine à avancer et à s’émanciper de la tradition.

Surtout, les femmes demeurent les grandes oubliées et certaines d’entre elles se contentent de leur condition, si bien que l’impulsion en faveur de changements peut s’avérer vaine, car peu soutenue. Pourtant, il est impératif de redonner à la Femme le statut social et politique qu’elle mérite.

Ramatoulaye revient sur sa vie d’épouse et sa douloureuse acceptation de la polygamie. Elle raconte comment une seconde femme est arrivée au sein de la vie qu’elle a construite avec son époux et l’impact qu’une telle décision a eu sur leur mariage et sur sa vision de leur relation. La description est réaliste et, dans un État où la pratique est interdite, un tel témoignage est très émouvant.

Une si longue lettre dépeint un pays coincé entre la tradition et l’influence de la culture occidentale. Par ailleurs, il permet de prendre conscience de l’ampleur des combats à mener pour obtenir plus d’égalité et de droits pour les femmes. Combats qui ne se cantonnent pas au Sénégal, bien au contraire.

Un roman qui dénonce avec poésie

Ce roman épistolaire est écrit avec un style poétique, précieux. L’autrice a su partager l’atmosphère et la culture sénégalaises, tout en abordant des sujets très sérieux. Une si longue lettre nous plonge dans les pensées d’une femme qui fait le point sur sa vie.

Mariama Bâ nous offre un voyage littéraire engagé dont la lecture, en plus d’être agréable, est instructive.

Laisser un commentaire

Tweetez
Partagez
Enregistrer
Partagez
Lire les articles précédents :
Etudes à l’étranger : une Montpelliéraine “tombée en amour” avec le Québec

Marine, en troisième année de Licence Information et communication à l’université Paul-Valéry de Montpellier, a fait un saut dans l’inconnu...

Fermer